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"Le cycle de violence est entamé en Tunisie"

Les Tunisiens descendent dans la rue après la mort du député de l'opposition Mohamed Brahmi. Francetv info a interrogé un intellectuel tunisien pour comprendre les implications de cet assassinat.

Article rédigé par Pauline Hofmann
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Un manifestant brandit un journal annonçant la mort du député d'opposition Mohamed Brahmi à Tunis, le 25 juillet 2013. (ANIS MILI / REUTERS)

Leader d'un parti d'opposition, le député tunisien Mohamed Brahmi a été retrouvé le corps criblé de balles devant son domicile de Tunis (Tunisie), jeudi 25 juillet. Cet assassinat a poussé les Tunisiens dans la rue et à Sidi-Bouzid, berceau de la "Révolution de jasmin" en décembre 2010, le local d'Ennahda, le parti islamiste au pouvoir, a été incendié. Au lendemain de cette mort, le principal syndicat du pays, l'Union générale tunisienne du travail (UGTT), appelle à la grève générale. Trois questions à Hamadi Redissi, professeur de sciences politiques à l'université de Tunis, pour comprendre la portée de cet événement.

Francetv info : Mohamed Brahmi était-il une figure importante de la vie politique tunisienne ?

Hamadi Redissi : Mohamed Brahmi était l'ancien secrétaire général d'un petit parti de gauche, le Mouvement du peuple, et faisait partie de la mouvance radicale regroupant les marxistes léninistes et les nationalistes. Il venait d'adhérer au Front populaire, un regroupement de partis politiques et associations de gauche.

Récemment, il s'était aligné sur la ligne de Tamarod, le mouvement qui a mis à bas Mohamed Morsi en Egypte. Lui aussi réclamait la démission du gouvernement, mais en Tunisie. Brahmi ne représentait pas une très grande mouvance politique, mais n'en était pas moins important. Il existe un clivage historique entre laïcs et islamistes, et la gauche radicale est l'épicentre de cette contestation laïque. Mohamed Brahmi était donc une cible appropriée pour ceux qui veulent approfondir le clivage entre islamistes et non-islamistes. 

Cet assassinat constitue le troisième meurtre d’un opposant politique tunisien en moins d’un an. Le Figaro revient sur la mort du militant Lofti Naguedh en octobre 2012, Chokri Belaïd a été assassiné en février 2013. La sécurité des opposants politiques est-elle toujours assurée aujourd’hui ? 

Plusieurs membres de la gauche radicale affirment qu’il existe des menaces sérieuses sur un certain nombre de personnalités politiques. Le cycle de violence est entamé et ne va pas s’arrêter de sitôt. Ben Ali avait l'habitude d'exiler ou même d’agresser physiquement ses opposants, mais il n’a jamais fait assassiner ses ennemis de sang froid. C’est malheureusement une nouveauté de la révolution. Si on ne met pas un point d’arrêt à ce cycle, la Tunisie va plonger dans la guerre civile.

Après l’assassinat de Chokri Belaïd, secrétaire général du Mouvement des patriotes démocrates (gauche radicale), les manifestations ont contraint le gouvernement à la démission. Pensez-vous que cela puisse se réitérer ?

J’étais à Sidi-Bouzid juste après la mort de Mohamed Brahmi et les gens étaient furieux. La population, mais aussi les partis d'opposition réclament la dissolution du pouvoir de transition. Cela fait deux ans que la révolution a eu lieu et nous n’avons toujours ni Constitution, ni code électoral, ni date pour les prochaines élections. Moi-même, en tant qu’intellectuel, je me suis engagé pour la dissolution. Je ne sais pas de quoi demain sera fait. Ce qui est certain, c’est que dans les six mois, les jours seront difficiles en Tunisie.

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