De la vie d'Aïda au rêve de Noura : des destins de femmes captés sans fard par Hinde Boujemaa

Auréolé d'un Tanit d’or et d'un prix de la meilleure interprétation féminine, "Noura rêve" est actuellement projeté dans les salles françaises.  

La cinéaste tunisienne Hinde Boujemaa et son Tanit d\'or pour son film \"Noura rêve\" lors de la cérémonie de clôture de la 30e édition des Journées cinématographiques de Carthage, à Tunis, le 2 novembre 2019. 
La cinéaste tunisienne Hinde Boujemaa et son Tanit d'or pour son film "Noura rêve" lors de la cérémonie de clôture de la 30e édition des Journées cinématographiques de Carthage, à Tunis, le 2 novembre 2019.  (FETHI BELAID / AFP)

Noura rêve est un combat de femmes savamment mis en images par la réalisatrice tunisienne Hinde Boujemaa et brillamment porté par sa compatriote Hend Sabri. Les cinéphiles français peuvent découvrir ce film sur leurs écrans depuis le 13 novembre 2019. La cinéaste et la comédienne sont reparties respectivement avec un Tanit d’or et le prix de la meilleure interprétation féminine lors de la dernière édition des Journées cinématographiques de Carthage.   

Pour Noura, le bonheur semble enfin pointer. Elle est à cinq jours d'obtenir le divorce d'un mari, le père de ses trois enfants, Jamel (Lotfi Abdelli), à qui elle continue de rendre visite en prison où, voleur multirécidiviste, il purge sa peine. Au parloir, Noura qui commence déjà à se projeter dans sa nouvelle vie, doit se montrer persuasive pour ne rien laisser deviner de la nouvelle vie qu’elle veut entamer avec son amant Lassad (Hakim Boumsaoudi).  

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Elle doit être encore plus ingénieuse, quand Jamel sort plus tôt que prévu. Entre son mari et son amant, Noura va alors déployer des trésors d’ingéniosité, de ruse et de diplomatie, pour ne rien laisser transparaître dans son couple et pour préserver ses projets avec Lassad. Mais c'est sans compter avec la capacité de nuisance d'un mari blessé.

Combattantes et pas victimes

Sur les traces de Noura, qui ne sait plus à quel saint se vouer, Hinde Boujemaa livre un film à suspense qui fonctionne d’autant mieux que son héroïne, formidablement incarnée par Hend Sabri, suscite chez le spectateur une sympathie immédiate. Non pas pour sa vulnérabilité, mais au contraire pour sa détermination à arracher sa part de bonheur. Un personnage inspiré des femmes que la cinéaste a côtoyées, comme l'héroïne de son premier long métrage documentaire C'était mieux demain (2012), entre autres. 

"Quand je tournais (ce) documentaire, j’ai suivi une femme (Aïda, NDLR) pendant un an et demi lors de la révolution arabe. Je l’ai accompagnée pendant sa recherche désespérée d’un toit et sa tentative de se reconstruire une vie. La révolution a donné l’illusion qu’on pouvait tout effacer et recommencer à zéro. (...) Le fait d’avoir vécu pendant un an avec une femme dans une situation précaire a secoué beaucoup de choses en moi et nourri mon film. C’était une révoltée, prisonnière d’elle-même, avant d’être prisonnière de la société. J’ai rencontré beaucoup d’autres femmes grâce à elle et entendu énormément d'histoires, ce qui m’a amenée vers la fiction. (...) J’aurais pu poursuivre dans la voie du documentaire, dans la mesure où ces récits se rejoignent et que le combat est toujours plus ou moins le même. Mais ce n’est pas un combat de victimes. J'en ai assez qu'on victimise la femme", explique Hinde Boujemaa dans le dossier de presse du film.

"Je cherche avec Noura rêve, comme je cherchais avec Roméo et Juliette (son précédent court métrage), à explorer la lassitude dans le couple et ce côté irrationnel de l’amour. De manière générale, une femme qui aime ailleurs n’est pas perçue de la même manière qu’un homme qui se l’autorise. Dans le monde arabe où les réactions sont plus violentes, c’est inacceptable socialement." En Tunisie, "les femmes sont libres de manière générale, maintenant la seule chose est qu'il faut qu'elles le restent", affirmait déjà la cinéaste en 2012 alors que son documentaire était projeté au Festival du film francophone de Namur (FIFF).  

"On n'est pas ici pour faire l'apologie de l'adultère", passible en Tunisie d'une peine de prison maximale de cinq ans, confiait-elle durant la dernière édition du FIFF où elle était de retour avec Noura rêve, en compétition dans la catégorie première œuvre de fiction. Le message de son film se résumerait en deux mots : "Soyez heureux."

"Si une situation rend malheureux, je pense qu'il faut s'en défaire quelles que soient les lois et quel que soit le regard des autres", conclut Hinde Boujemaa

Nora rêve de Hinde Boujemaa 
Avec Hend Sabri, Lotfi Abdelli et Hakim Boumsaoudi
Sortie française : 13 novembre 2019