Les travaux de l'oléoduc entre l'Ouganda et la Tanzanie vont pouvoir commencer

Les présidents Museveni et Magufuli ont signé un accord permettant la construction de l'infrastructure liée au méga-projet pétrolier en Ouganda.

Station-service Total à Kampala, en Ouganda, le 28 janvier 2020.
Station-service Total à Kampala, en Ouganda, le 28 janvier 2020. (YASUYOSHI CHIBA / AFP)
#AlertePollution

Rivières ou sols contaminés, déchets industriels abandonnés… Vous vivez à proximité d’un site pollué ?
Cliquez ici pour nous alerter !

Malgré les risques dénoncés par des ONG de défense de l'Environnement, les présidents tanzanien John Magufuli et ougandais Yoweri Museveni ont signé le 13 septembre 2020 à Chato, en Tanzanie, un accord sur la construction d'un oléoduc, dont le travaux doivent commencer d'ici à la fin de l'année.

L'exploitation de gisements découverts en 2006

L'oléoduc, dont le réseau se développe sur plus de 1 400 km, fait partie d'un projet titanesque mené par la compagnie française Total en partenariat avec les sociétés chinoise CNOOC et britannique Tullow. Lequel prévoit d'exploiter les gisements de pétrole découverts en 2006 en Ouganda, dans la région du lac Albert (Ouest), et d'acheminer l'or noir par cet oléoduc jusqu'au port de Tanga sur l'océan Indien, le plus long au monde pour le transport du pétrole brut chauffé. 

"Maintes fois repoussé, le début des travaux prévu en 2020 est encore reporté d'au moins trois ans", en raison du Covid, avait indiqué en mars franceinfo Afrique. L'accord signé à Chato semble en donner le coup d'envoi.

Nous voulons que nos peuples travaillent vite pour lancer ce projetLe président ougandais Musevenià l'AFP

Le coût de cet oléoduc d'Afrique de l'Est est estimé à 3,5 milliards de dollars. L'Ouganda avait annoncé en 2016 sa décision de le faire passer par la Tanzanie, plutôt que par le Kenya, après des années de discussions sur son tracé. 

Les défenseurs de l'environnement alertent 

La Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH) et l'ONG Oxfam ont mis en garde dans un rapport publié le 10 septembre 2020 contre les risques que fait courir ce méga-projet d'extraction pétrolière aux modes de vie des populations et à "des écosystèmes extrêmement sensibles dans une région dont la biodiversité est une des plus riches au monde". En Ouganda, les gisements de pétrole sont situés au sein de plusieurs réserves naturelles. L'un d'eux s'étend jusque dans les Murchison Falls, le plus grand parc national du pays, où un projet de barrage avait déjà provoqué un tollé en milieu d'année.

De son côté, la Tanzanie affirme que le projet créera 10 000 emplois et que plus de 90 000 personnes seront dédommagées pour la construction de l'oléoduc.

Cette signature aujourd'hui est une étape cruciale dans l'application du projet qui va non seulement créer des emplois, mais aussi promouvoir la coopération régionale et stimuler le développement économique dans les zones traversées par l'oléoducLe président tanzanien Magufulià l'AFP

Pour autant, "même les populations qui ne seront pas expropriées dans les environs du lac seront directement impactées par la pollution générée par l’activité pétrolière : pollution de l’air, des sols et de l’eau, inévitables dans le cadre de tels projets", déplorait auprès de franceinfo Afrique Juliette Renaud, de l'ONG Les Amis de la Terre qui avait mené une enquête dans la région du Lac Albert avec ses partenaires ougandais.

7 000 Ougandais expulsés de leurs terres

La découverte en 2006 de gisements de brut exploitable dans la région du lac Albert avait suscité de vifs espoirs en Ouganda, où 21% de la population vit dans l'extrême pauvreté, selon l'AFP. Le gouvernement ougandais avait alors envisagé de gagner au moins 1,5 milliard de dollars par an et d'augmenter son PIB par habitant de 630 dollars à plus de 1 000 dollars.

Les quelque 7 000 Ougandais expulsés de leurs terres, sans compensation pour beaucoup d'entre eux, attendent toujours les fruits de l'aventure pétrolière.