En Ouganda, le projet pétrolier peine à se concrétiser

La crise du coronavirus fait chuter la demande de pétrole et donc son prix. Un contexte qui ne peut que retarder le début de la coûteuse exploitation des hydrocarbures du lac Albert.

La nature reprend ses droits sur un site de tests d\'exploitation du pétrole, sur les rives du lac Albert, en Ouganda. En ce 24 janvier 2020, aucune goutte de pétrole n\'a encore été produite, 14 ans après la découverte du gisement.
La nature reprend ses droits sur un site de tests d'exploitation du pétrole, sur les rives du lac Albert, en Ouganda. En ce 24 janvier 2020, aucune goutte de pétrole n'a encore été produite, 14 ans après la découverte du gisement. (YASUYOSHI CHIBA / AFP)

La manne pétrolière tarde à se déverser en Ouganda. Quinze ans après la découverte d'un important gisement sous les eaux du lac Albert, pas la moindre goutte n'a encore été exploitée. Il y aurait pourtant une réserve de plus d'un milliard et demi de barils. La quatrième de l'Afrique subsaharienne.

Selon Gloria Sebikari, porte-parole des autorités pétrolières ougandaises, "d'un point de vue technique, les projets sont prêts. Les négociations commerciales sont toujours en cours. Mais nous sommes optimistes." Maintes fois repoussé, le début des travaux prévu en 2020 est encore reporté d'au moins trois ans.

Projet titanesque

Le projet Tilanga est, il faut le dire, titanesque : 419 puits, 34 plateformes offshore pour une production pouvant atteindre 220 000 barils jours. Il y a aussi et surtout la construction d'un oléoduc géant de près de 1 500 km à travers l'Ouganda, puis la Tanzanie pour rejoindre l'océan Indien. Le plus long au monde pour transporter du pétrole brut chauffé.

Autant dire que le contexte actuel de chute des cours du brut n'est pas des plus favorables. Selon une étude de Rystad Energie, citée par la Tribune Afrique, la demande d'or noir ne va pas cesser de s'effondrer. Selon ce cabinet d'études, elle pourrait chuter de 12 à 16 millions de barils jour pour les deux mois à venir, en fonction des politiques menées par les pays dans le cadre de la lutte contre le coronavirus de confinement partiel ou total. En moyenne sur toute l'année 2020, la demande devrait se contracter d'environ 4%.

Un pétrole de moins en moins cher

Selon La Tribune, avec un baril à 30 dollars, les investissements dans l'offshore devraient chuter des deux tiers et de moitié pour l'onshore. Or, le baril est actuellement à 20 dollars...
Mais le report de production en Ouganda n'est sans doute pas pour déplaire aux associations de défense de l'environnement qui ne cessent d'alerter sur les dangers que comporte ce projet. Ainsi, l'ONG les Amis de la Terre est toujours devant les tribunaux contre Total, le principal opérateur sur le projet.

"Même les populations qui ne seront pas expropriées dans les environs du lac seront directement impactées par la pollution générée par l’activité pétrolière : pollution de l’air, des sols et de l’eau, inévitables dans le cadre de tels projets", expliquait Juliette Renaud des Amis de la terre à france info Afrique en juillet 2019.

Les oubliés du rêve pétrolier

Plus de 7 000 personnes ont déjà été expulsées de leurs terres et certaines attendent toujours des compensations, soit financières, soit en nature. Pour ces gens, l'aventure pétrolière de l'Ouganda a un goût amer. "Le pétrole a changé ma vie, parce que maintenant je meurs de faim. Avant cela, j’avais une vie correcte. J’arrivais même à gagner un peu d’argent en cultivant, mais maintenant c’est plus possible, je n’ai nulle part où aller" , explique à l'AFP un expulsé de ses terres. Le rêve d'un emploi lié à l'exploitation pétrolière s'éloigne également.