Soudan : quatre questions pour comprendre les combats qui secouent le pays

Ce pays d'Afrique de l'Est connaît depuis samedi de violents affrontements entre l'armée et les paramilitaires des Forces de soutien rapide.
Article rédigé par franceinfo avec AFP
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De la fumée s'échappe d'une zone résidentielle de Khartoum (Soudan), le 16 avril 2023. (AFP)

Le Soudan s'embrase. Des combats ont opposé, dimanche 16 avril, l'armée régulière à des groupes paramilitaires pour le deuxième jour consécutif à Khartoum, dans une lutte de pouvoir entre les deux généraux aux commandes du pays depuis leur putsch en 2021. Le dernier bilan, lundi 17 avril au matin, fait état de 97 civils tués en 48 heures. Eclairage de franceinfo sur cette grave crise politique.

1 Que se passe-t-il ?

Depuis des semaines, deux camps s'opposaient politiquement. Mais samedi matin, les divisions entre le général Abdel Fattah Al-Burhane, chef de l'armée, et le général Mohamed Hamdane Daglo, à la tête des Forces de soutien rapide (FSR, une armée de paramilitaires issue des Janjawid, ces milices violentes qui ont combattu les rebelles au Darfour), ont dégénéré en violences. Fusils, artillerie et avions de combat ont été utilisés dans la capitale et plusieurs villes de ce pays de 45 millions d'habitants.

Dimanche, de nouveau, les bombardements ont retenti dans les rues désertes de Khartoum envahies par une forte odeur de poudre. Sur les réseaux sociaux, les médecins n'en finissent plus de réclamer de l'aide, des couloirs sécurisés pour les ambulances et un cessez-le-feu pour soigner les victimes.

Samedi, les FSR ont annoncé avoir pris le contrôle de l'aéroport de la capitale, ce que l'armée régulière s'est empressée de démentir. Les FSR ont également affirmé tenir le palais présidentiel, mais l'armée a là encore réfuté cette information, et assure surtout contrôler le QG de son état-major, l'un des principaux complexes du pouvoir à Khartoum.

La situation de la télévision d'Etat, dont les deux parties revendiquent le contrôle, est plus confuse : aux alentours de son siège, des habitants font état de combats continus, tandis qu'à l'antenne – comme lors du putsch – des chants patriotiques sont diffusés sans aucun commentaire. Impossible donc, en l'état, de savoir avec certitude qui contrôle les différentes institutions et lieux de pouvoir. 

2 Quel est le bilan ?

Selon des médecins prodémocratie, 56 civils ont été tués samedi, pour plus de la moitié à Khartoum et dans ses banlieues. Plusieurs "dizaines" de militaires et paramilitaires auraient péri lors des combats, sans qu'aucun bilan précis n'ait pour l'instant été publié, car les deux camps refusent de communiquer sur leurs pertes. Environ 600 personnes ont également été blessées.

Lundi matin, un nouveau bilan a fait état de 97 civils tués, selon le syndicat officiel des médecins. D'après cette source, ce bilan devrait être provisoire, de nombreuses personnes n'ayant pu se rendre à l'hôpital en raison des combats. En outre, les médecins et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) s'inquiètent des coupures d'électricité qui touchent des salles d'opération prenant en charge les blessés. "Plusieurs des neuf hôpitaux de Khartoum (...) n'ont plus de sang, d'équipement de transfusion, de fluides intraveineux et d'autres matériels vitaux", s'est alarmée l'OMS.

Au Darfour, dans l'ouest du pays, trois humanitaires du Programme alimentaire mondial (PAM) ont été tués "en accomplissant leur travail", a annoncé l'émissaire de l'ONU au Soudan, Volker Perthes. Il ajoute que des "bâtiments humanitaires auraient été touchés et d'autres pillés au Darfour", bastion historique des FSR, gagné par les combats entre armée et paramilitaires. Dans la foulée, le PAM a fait savoir qu'il suspendait ses opérations dans le pays.

3 Qui sont les deux généraux qui s'opposent ?

Le conflit couvait depuis des semaines entre les deux généraux. L'un des points de désaccord est l'intégration des paramilitaires des Forces de soutien rapide au sein de l'armée régulière.

Abdel Fattah Al-Burhane. Ce général est le chef des forces armées et le numéro un de fait du pays. Comme le raconte le New York Times (en anglais), il a servi sous l'ancien président Omar El-Béchir et a pris la tête de l'armée dans la foulée du renversement du dictateur, en avril 2019. Après l'accord signé cette année-là entre civils et militaires, Abdel Fattah Al-Burhane dirige le conseil souverain, un organe censé superviser la transition vers la démocratie. Mais, le 25 octobre 2021, il renverse le gouvernement civil. Depuis le début des combats samedi, Al-Burhane n'a pas fait de déclaration publique.

Hamdane Daglo. Surnommé "Hemedti", il dirige depuis 2013 les FSR. Comme son rival, il est lié au dictateur Omar El-Béchir, puisque c'est ce dernier qui l'a nommé à la tête des FSR. Ces dernières sont devenues au fil des années une force puissante. Selon la BBC (en anglais), elles sont intervenues au Yémen et en Libye et contrôlent certaines mines d'or du Soudan.

En octobre 2021, Hamdane Daglo s'associe avec Al-Burhane pour prendre le pouvoir, devenant de fait le numéro deux du pays. Depuis samedi, "Hemedti" a enchaîné les interviews aux chaînes de télévision du Golfe, dont plusieurs Etats sont ses alliés. Il a multiplié les injures contre son rival, qualifié de "criminel".

4 Quelles sont les réactions à l'étranger ?

La communauté internationale, qui a assisté impuissante au coup d'Etat d'octobre 2021 et n'est pas parvenue depuis à convaincre les généraux de signer un plan de sortie de crise, multiplie les appels au cessez-le-feu. La Ligue arabe se réunit en urgence au Caire, à l'appel de l'Egypte et de l'Arabie saoudite, deux acteurs influents au Soudan. Le président de la Commission de l'Union africaine (UA), Moussa Faki Mahamat, a annoncé se rendre "immédiatement" dans le pays "pour engager les parties vers un cessez-le-feu", a annoncé l'organisation dimanche.

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a appelé les deux hommes pour réclamer "un arrêt immédiat de la violence". Il a également exhorté le président égyptien, Abdel Fattah Al-Sissi, à agir. Son porte-parole a aussi condamné la mort de trois humanitaires du Programme alimentaire mondial : les responsables doivent être "traduits en justice au plus tôt", a-t-il réclamé.

De leur côté, les chefs de la diplomatie américaine et britannique, réunis à Karuizawa (Japon), pour un sommet du G7, ont appelé lundi à une "cessation immédiate" des violences. "Il y a une forte inquiétude partagée au sujet des combats, de la violence qui sévit au Soudan, de la menace que cela représente pour les civils, pour la nation soudanaise et même potentiellement pour la région", a affirmé le secrétaire d'Etat américain, Antony Blinken, dans une déclaration au côté du ministre des Affaires étrangères britannique, James Cleverly. "Nous leur demandons de donner la priorité à la paix, de mettre fin aux combats et de reprendre les négociations", a ajouté ce dernier.

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