Soudan : la normalisation des relations avec Israël ravive le souvenir de la petite communauté juive oubliée

Certaines voix ont même appelé au retour des juifs soudanais ayant quitté le pays.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Cimetière en déshérence dans un quartier populaire de Khartoum, le 17 février 2021. Des pierres tombales portant des inscriptions en hébreu sont ensevelies depuis des décennies sous les gravats, témoins de la longue histoire oubliée des juifs soudanais. (ASHRAF SHAZLY / AFP)

La normalisation des relations entre Khartoum et l'Etat hébreu est en route. Le conseil des ministres soudanais a approuvé le 6 avril 2021 une loi visant à abroger le boycott d'Israël, en vigueur depuis 63 ans. Depuis 1948, et plus encore durant les trente ans du règne autoritaire de l'ex-président Omar el-Béchir, le Soudan a entretenu une ligne dure envers l'Etat hébreu avec pour conséquence le départ des familles juives du pays.  

Briser l'isolement

Cherchant à réintégrer le Soudan sur la scène internationale, le gouvernement de transition à Khartoum a accepté de normaliser ses relations avec Israël, en échange d'une levée des sanctions américaines prises après les attentats contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie en 1998. Un retournement d'alliance, même si le Soudan affirme aujourd'hui soutenir une solution à deux Etats pour les Palestiniens.

Les Accords d'Abraham, signés en janvier 2021 par le Soudan et Israël, ont été conclus quelques semaines après le retrait de Khartoum de la "liste noire" américaine des Etats accusés de financer le terrorisme. Ce qui faisait obstacle aux investissements internationaux au Soudan depuis des décennies. Le ministre israélien du Renseignement Eli Cohen a été en janvier 2021 le premier responsable israélien à accomplir une visite officielle dans ce pays du nord-est de l'Afrique.

En gage de sa nouvelle ouverture "à la pluralité culturelle et religieuse", le gouvernement de transition nommé le 5 septembre 2019 a invité – par la voix du ministre des Affaires religieuses  les exilés à s'y réinstaller. Un appel, avant tout symbolique, envers la petite communauté juive qui a quitté le pays depuis bien longtemps.

Une petite communauté

La présence juive au Soudan remonte essentiellement à la fin du XIXe siècle, quand plusieurs familles venues d’Egypte s’installèrent dans ce qui n’était encore qu’une dépendance égyptienne. Au Soudan, les juifs comptaient environ 250 familles au plus fort de leur présence dans les années 1940 et 1950, selon l'historienne britannique Daisy Abboudi, petite-fille de juifs soudanais. 

Mais la communauté s'est réduite comme peau de chagrin après la création en 1948 de l'Etat d'Israël et les tensions qui ont suivi avec le monde arabe. En 1956, la crise de Suez durant laquelle la Grande-Bretagne, la France et Israël ont attaqué l'Egypte pour prendre le contrôle du canal a précipité le départ des juifs tout comme l’indépendance du Soudan la même année. "Les incidents antisémites, notamment dans la presse, sont alors devenus plus menaçants, et les membres de la communauté ont commencé à quitter le Soudan", affirme sur son site Daisy Abboudi, qui œuvre en photos à la restitution de témoignages de cette diaspora.  

Mais le coup fatal pour les juifs soudanais  comme pour les juifs égyptiens  a été la guerre des Six-Jours en 1967, lorsqu’Israël s'est emparé du Golan syrien et du Sinaï égyptien. Quelques semaines plus tard, Khartoum a accueilli un sommet arabe où a été annoncée la résolution des "Trois non" : non à la paix, non à la reconnaissance et non à la négociation avec l'Etat hébreu.

Trop tard pour revenir

"La grande majorité des juifs qui ont quitté le Soudan ont désormais 70, 80 ou 90 ans. Je pense que beaucoup aimeraient y retourner s’ils ont le sentiment qu’ils y seront en sécurité, mais il se révélerait en réalité très, très difficile pour eux de s’y rendre à cause de leur âge !"

Daisy Abboudi

dans La Croix

Dans les années 1970, la plupart des juifs soudanais sont partis en Israël, en Angleterre ou aux Etats-Unis. Aujourd’hui très âgés, la plupart d'entre eux ne semblent plus aptes à entreprendre un périple vers leur pays d’origine. D'autant plus que la reconnaissance d'Israël reste contestée dans le pays.

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