Nigeria : Amnesty international dénonce la répression brutale des mouvements régionalistes du pays

L'ONG de défense des droits de l'homme a recensé au moins 115 personnes tuées par les forces de sécurité nigérianes entre mars et juin 2021.

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié
Temps de lecture : 3 min.
Police anti-émeute lors d'une manifestation au Nigeria. Lagos, le 12 juin 2021. (OLUKAYODE JAIYEOLA / NURPHOTO)

Amnesty International dénonce les arrestations arbitraires et la répression des mouvements sécessionistes au Nigeria. L’organisation humanitaire accuse les forces de sécurité d'avoir tué au moins 115 personnes entre mars et juin 2021 dans le sud du pays.

Répression des séparatistes biafrais

Le Mouvement indépendantiste pour les peuples indigènes du Biafra (Ipob), qui prône la sécession du sud-est du Nigeria, peuplé en majorité d'Igbo, et son aile paramilitaire, l'ESN (Réseau sécuritaire de l'Est), ont été accusés par les autorités d’avoir attaqué une vingtaine de postes de police et bureaux électoraux.

Selon Amnesty International, les forces de sécurité, notamment l'armée, la police et l'agence de renseignement du Département des services de l'État (DSS), ont riposté en tuant des dizaines d'hommes armés, mais aussi de nombreux civils.

"Les éléments recueillis par Amnesty International dressent un tableau accablant de l'usage impitoyable de la force par les forces de sécurité nigérianes dans les États d'Imo, d'Anambra et d'Abia"

Osai Ojigho, Directeur d'Amnesty Nigeria

AFP

"Moïse Biafrais"

Amnesty a également recueilli des informations sur des cas d'arrestations arbitraires, de mauvais traitements et de torture dans cette région. En mai 2021, le gouvernement de l'État d'Imo a notamment annoncé l'arrestation d'au moins 400 personnes en lien avec les violences.

L'enquête d'Amnesty International indique que "la plupart d'entre elles ont été embarquées au hasard dans la rue ou à leur domicile et n'avaient rien à voir avec l'ESN", estime l’ONG.

Le chef et fondateur de l'Ipob, Nnamdi Kanu, a été arrêté au Kenya et ramené fin juin 2021 au Nigeria, pour être jugé, accusé de "terrorisme et de crime de trahison".

Pour les partisans de Nnamdi Kanu, tout cela n’est que tentative d’oppression de leur guide, ce "Moïse Biafrais" (qui se réclame et pratique le judaïsme) censé les guider hors du joug du Nigeria, ou plutôt de chasser les autorités fédérales de la zone sécessionniste. Nnamdi Kanu, qui dirigeait également Radio Biafra (interdite), estime que le peuple igbo, majoritaire dans le sud-est du Nigeria, est une tribu perdue d’Israël. La région compte une bonne dizaine de synagogues.

(Notre synagogue, ‘Beth Knesset Amud ha’Emet’ – Synagogue du pilier de la vérité – à #Obigbo a été détruite avec un bulldozer. La plus grande synagogue du #Biafra. Très triste en effet. Les conséquences de la persécution des Juifs du Biafra seront terribles”.)

L'Ipob rêve de voir renaître la défunte République du Biafra, dont la proclamation d'indépendance avait entraîné une guerre civile de 30 mois entre 1967 et 1970. Le conflit avait fait plus d'un million de morts, principalement des Igbo, surtout de famine et de maladie.

Tensions communautaires

Un autre activiste, Sunday Igboho, qui milite, suite à des violences attribuées à des éleveurs peuls, pour la création et l'indépendance d'une nation "Yorouba" dans le sud-ouest du Nigeria, a été arrêté la semaine dernière à l'aéroport de Cotonou au Bénin, alors qu'il tentait de prendre un vol pour l'Allemagne. Il est actuellement détenu au Bénin dans l'attente de son extradition.
Le président Muhammadu Buhari, un Peul, est accusé par ses détracteurs de favoriser ses proches du Nord, dont beaucoup ont été nommés à des postes clés au Nigeria.


Avec une population de plus de 210 millions d'habitants, le Nigeria compte plus de 250 groupes ethniques et est régulièrement secoué par des tensions ethniques et communautaires dans les différentes régions. Les trois groupes les plus importants sont les Haoussa-Peuls dans le nord, les Igbo dans le sud-est et les Yorouba dans le sud-ouest.

Les autorités font face à une montée des velléités indépendantistes, alors qu’elles n'arrivent pas à endiguer l'insécurité dans le pays le plus peuplé d'Afrique.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Société africaine

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.