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Namibie : cinq choses à savoir sur le génocide des Héréros et des Namas

Il est considéré comme le premier génocide du 20e siècle. 

Article rédigé par franceinfo Afrique avec AFP
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Temps de lecture : 4 min
Manifestation en Allemagne, le 29 août 2018, à l'occasion d'une cérémonie pour remettre des restes humains à la Namibie après le génocide des Héréros et des Namas entre 1904 et 1908. (CHRISTIAN MANG / REUTERS)

Le génocide des Héréros et des Namas, perpétré entre 1904 et 1908 par les colons allemands en Namibie a été "officiellement" reconnu le 28 mai 2021 par Berlin. "Nous qualifierons maintenant officiellement ces événements pour ce qu'ils sont du point de vue d'aujourd'hui : un génocide", a déclaré le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas dans un communiqué. Que sait-on du génocide des Héréros et des Namas ?

L'extermination pour anéantir la résistance

Depuis que le Sud-Ouest africain allemand (nom que portait alors la Namibie) est devenu protectorat le 7 août 1884, les populations autochtones naviguent entre diplomatie et résistance. Mais les exactions des colons, qui mènent une politique raciste, se multiplient.

En janvier 1904, les Héréros prennent les armes et tuent 123 Allemands. Le général Lothar Von Trotha a alors pour mission de mater la rébellion. A l’aube du 11 août 1904, les troupes coloniales encerclent le campement du Waterberg où 50 000 Héréros se sont réfugiés sous la protection de leur leader, Samuel Maharero. Ceux qui arrivent à s’échapper fuient vers le désert du Omaheke (Kalahari). Beaucoup mourront déshydratés ou empoisonnés par les points d’eau contaminés par les colons. Quelques mois plus tard, le 2 octobre 1904, le général von Trotha va plus loin et signe un ordre d’extermination ("Vernichtungsbefehl").

Par solidarité avec les Héréros, les Namas se soulèvent dans le sud du pays. Le général von Trotha décide le 23 avril 1905 de leur faire subir le même sort. Le calvaire des deux communautés se poursuit dans des camps de concentration. Emprisonnés, leurs membres sont réquisitionnés comme main d’œuvre. La faim et l’épuisement auront raison de la plupart d’entre eux. Au total, environ 65 000 Héréros et 10 000 Namas ont péri, soit respectivement 75% et 50% de la population d’origine de chaque communauté. 

Un génocide longtemps occulté 

Ce crime de masse a été documenté pour la première fois dans le Blue Book en 1918 par les Britanniques. Cependant, le rapport rédigé par Thomas O’Reilly, un magistrat britannique, à la demande de son gouvernement, est banni en 1926. C'est le rapport Whitaker, publié par les Nations unies en 1985, qui lèvera définitivement le voile sur un génocide resté longtemps méconnu. 

Une filiation complexe avec l'Holocauste

Le génocide des Héréros et des Namas s'est accompagné de macabres expériences médicales. Dans les camps de concentration, démantelés en 1908, les crânes des dépouilles ont été prélevés et expédiés en Allemagne, qui en a rendus dès 2011. Leur étude servira à nourrir les théories raciales, plus tard, sous le IIIe Reich notamment. L’une d’elles est développée par Eugen Fischer qui adhère au parti nazi en 1940. Ce dernier sera le professeur de Josef Mengele, "l’ange de la mort" du camp de concentration d’Auschwitz. C’est l’un des nombreux liens qui peuvent être faits entre le génocide des Héréros et des Namas et l’Holocauste. Cependant, la filiation entre ces deux génocides fait l’objet d’un débat complexe. 

Une reconnaissance par étapes pour Berlin

Après des excuses souvent prononcées à titre personnel par des responsables politiques allemands, le ministre des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier reconnaît officiellement le 10 juillet 2015 le génocide des Héréros et des Namas. Six ans plus tard, l'Allemagne franchit une nouvelle étape.

"L'acceptation de la part de l'Allemagne qu'un génocide a été commis est un premier pas dans la bonne direction", a réagi Alfredo Hengari, le porte-parole du président namibien Hage Geingob, auprès de l'AFP. "C'est la base de la deuxième étape, qui consiste à présenter des excuses, suivies de réparations."

La question des réparations demeure un sujet sensible pour Berlin. Si l'Allemagne compte contribuer à l'effort de développement du pays, elle estime néanmoins que sa reconnaissance d'un génocide n'ouvre la voie à aucune "demande légale d'indemnisation". Les autorités allemandes ont prévu en guise "de reconnaissance des immenses souffrances infligées aux victimes" de soutenir la "reconstruction et le développement". Une somme de 1,1 milliard d'euros sera allouée sur 30 ans à la Namibie. 

Les descendants des victimes exigent toujours réparation 

La question de la réparation (l’indemnisation) a toujours été cruciale pour les descendants des victimes qui se battent depuis des années pour l'obtenir. Du côté allemand, on estime que l’aide substantielle apportée à la Namibie constitue déjà une réparation. Un avis que ne partagent pas les chefs traditionnels héréros et namas qui ont souhaité être associés aux négociations menées avec l'Etat namibien. Le 6 janvier 2017, ils ont déposé au nom de leurs communautés un recours collectif devant un tribunal de américain (lien en anglais). 

Berlin et Windhoek sont désormais parvenus à un accord après cinq ans de pourparlers sur les événements survenus dans ce territoire africain colonisé par l'Allemagne entre 1884 et 1915. Cet accord doit encore être validé par les parlements respectifs des deux pays. Cependant, il ne satisfait toujours pas les descendants des victimes. Vekuii Rukoro, chef du peuple héréro, estime que l'acccord est "une insulte", parce qu'il n'inclut pas le paiement de réparations, rapporte l'agence Reuters.

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