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Madagascar : les réseaux sociaux pour briser le tabou du viol

Témoignages des victimes sur les réseaux sociaux, centres d'écoute ouverts pour parler de leurs traumatismes. A Madagascar, les femmes refusent de plus en plus de subir, dans le silence, les violences sexuelles banalisées dans la grande île.

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Un groupe d'étudiants malgaches sur le campus de l'université d'Antananarivo, le 18 décembre 2013. Le viol reste un sujet tabou au sein de la société. Un linge sale qu'il faut laver en famille. (ALEXANDER JOE / AFP)

Libérer la parole, c'est l'objectif déclaré des associations malgaches mobilisées contre le viol, devenu endémique sur la grande île de l'Océan indien. La culture du viol à Madagascar, c'est "chut, tais-toi, chut n'en parle pas. Ce n'est pas grave, tu vas oublier. C'est des linges sales qui se lavent en famille", témoigne une victime sur l'antenne de RFI.

Dans ces conditions, difficile d'évaluer l'ampleur du nombre des victimes de viol dans l'Ile. Mais la presse malgache rapporte régulièrement des agressions sexuelles et de nombreux viols contre les femmes, y compris des mineures, dont elles sortent traumatisées pour longtemps. En janvier 2018, le journal malgache News Mada avait publié des statistiques alarmantes selon lesquelles, une viol était commis toutes les 36 heures à Antananarivo, la capitale.

Le poids de la tradition est désastreux

Pour les nombreuses victimes de ces crimes, le poids de la tradition est désastreux. Dans la majorité des cas, témoigne un officier de police malgache, soit il est impossible d'identifier le violeur, soit la famille règle le problème "à l'amiable" avec l'auteur. Aujourd'hui, les femmes malgaches veulent changer la donne. Elles veulent briser le silence qui les maintient en otages de leurs bourreaux.

La goutte d'eau qui a fait déborder le vase est venue du ministère de l'éducation, qui a maladroitement conseillé aux femmes malgaches sur la façon de s'habiller, pour éviter de se faire violer. C'était en avril 2019. "Les vêtements sages que portent les filles diminuent les besoins diaboliques des hommes qui aiment les violenter", pouvait-on lire sur la page Facebook du ministère. Le message invitait les parents à sensibiliser leurs filles pour qu'elles ne portent pas des vêtements "qui attirent" les hommes.

Ces conseils ont été retirés du site du ministère de l'éducation après avoir provoqué un tollé dans la presse malgache et sur les réseaux sociaux. De nombreuses Malgaches y ont partagé des photos d'elles en jupes ou en robes, accompagnées de hashtag #MaJupeMonDroit qui a suscité une vague de soutien des associations de femmes à travers le monde.

La longueur de la jupe ? Un prétexte fallacieux .

Les commentaires ont fleuri sur les réseaux sociaux autour de "la culpabilisation viscérale inscrite dans la société malgache" où le problème du viol est déplacé sur la longueur de la jupe et non sur l'éducation et la responsabilité des violeurs et autres pervers. De nombreuses Malgaches dénonçant une tentative de justifier le passage à l'acte des auteurs de viol.

Non, les besoins sexuels des individus malfaisants ne diminuent pas de cette manière. Et certainement pas, s'ils reçoivent un soutien ministériel qui déplace le problème en accusant la victime

Sur le Blog de Soa Amina, éditorialiste basée à Antananarivo

Pour mettre fin à la polémique, le Ministère de l'éducation a dû présenter ses excuses. Une première sur la grande île pour les femmes malgaches qui se sont enfin fait entendre, grâce à la puissance des réseaux sociaux.

"Témoigner pour bousculer la société"

Depuis, plusieurs initiatives ont vu le jour pour encourager les victimes de viols et d'agressions sexuelles à se confier via des témoignages anonymes sur Facebook, "pour bousculer la société".  Les langues se sont déliées et la parole se libère peu à peu, rapporte RFI qui a interviewé Marie-Christine Kola, la co-fondatrice de "Survivant.e.s", un groupe de parole créé par une vingtaine de jeunes dans la capitale malgache. Le but pour nous, explique-t-elle, c'était de libérer la parole.

"Quand ces personnes se confient à nous, elles ne nous demandent pas de les consoler. Elles se livrent avant tout elles-mêmes. Elles demandent de l'écoute. On leur offre cette écoute, cette compréhension. Un pas simple, mais pas si évident dans notre société si fermée sur cette question".

Pour briser le tabou du viol, les femmes malgaches sont encouragées à témoigner à travers les réseaux sociaux. A raconter leur calvaire dans les centres d'écoute mis en place pour leur venir en aide. Avec l'espoir que la société malgache finira par s'ouvrir à leur détresse et à poursuivre leurs bourreaux.

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