L'évolution du coronavirus en Afrique est inquiétante, mais les experts restent dans le flou

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) s'est alarmée le 17 avril 2020 de la progression rapide de la pandémie de coronavirus en Afrique.

Test nasal pour détecter le coronavirus chez une femme récemment en contact avec un cas de Covid-19 à Juba, au Soudan du Sud, le 14 avril 2020.
Test nasal pour détecter le coronavirus chez une femme récemment en contact avec un cas de Covid-19 à Juba, au Soudan du Sud, le 14 avril 2020. (ALEX MCBRIDE / AFP)

Au 17 avril 2020, le Covid-19 avait tué 1 000 personnes en Afrique, selon des bilans officiels. "Au cours de la semaine écoulée, il y a eu une hausse de 51% du nombre de cas recensés sur mon propre continent, l'Afrique, et une hausse de 60% du nombre de décès recensés", a constaté le directeur général de l'OMS, l'Ethiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus, au cours d'une télé-conférence de presse tenue depuis Genève. "Compte tenu de la difficulté d'obtenir des kits de diagnostic, il est probable que les nombres réels sont plus élevés", a-t-il affirmé. Pour autant, l'OMS estime qu'à ce stade, l'épidémie peut encore être contenue. Et au sein même des organisations onusiennes, les voix sont parfois relativement discordantes pour décrire l'évolution de la maladie en Afrique.

L'Afrique moins touchée que l'Europe et les Etats-Unis

Selon un bilan établi par l'Agence France Presse, le 17 avril en soirée à partir des chiffres officiellement recensés, la pandémie y a entraîné la mort d'un millier de personnes. Avec 1 000 décès pour 19 334 cas, l'Afrique reste cependant, avec l'Océanie, l'un des continents les moins touchés par la pandémie qui a tué au moins 150 147 personnes dans le monde. L'Algérie est le pays africain qui déplore le plus grand nombre de décès sur son sol (364), devant l'Egypte (205), le Maroc (135) et l'Afrique du Sud (50). 

Pour l'instant, le continent est nettement moins touché que l'Europe et les Etats-Unis. Et ce en partie parce que "si l'on regarde la proportion de personnes qui voyagent, l'Afrique compte moins de personnes qui voyagent à l'étranger", pense la directrice régionale du Bureau régional de l'OMS pour l'Afrique et première femme à occuper ce poste, Matshidiso Moeti, citée par la BBC

Mais selon une source OMS anonyme, toujours citée par la BBC, "l'Afrique pourrait être le prochain épicentre" de la pandémie. "Sans protection adéquate", celle-ci "pourrait tuer au moins 300 000 Africains et risquerait de pousser 29 millions de personnes dans l’extrême pauvreté", a ainsi alerté la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique.  

La maladie peut-elle encore être contenue ?

Nous ne pensons pas que la maladie ait franchi le stade où elle ne pourrait plus être contenue. Nous pensons que beaucoup peut être fait pour limiter l'impact du virus.Le directeur des programmes d'urgence de l'OMS, Michael Ryan

"Et nous pensons que nous devons accélérer nos efforts alors que le nombre de cas augmente chaque jour", a-t-il expliqué. L'Afrique peut se prévaloir de "réelles capacités" pour y parvenir avec une "longue histoire de lutte contre les épidémies, un solide programme contre la polio", a-t-il souligné. "Les pays africains peuvent faire beaucoup plus de choses que ce que, peut-être, l'on pense à l'extérieur" du continent, a-t-il poursuivi.

Michael Ryan a cependant reconnu des "contraintes", liées notamment à l'habitat, souvent dense. Il a ainsi évoqué des conditions d'hygiène précaires et des accès à l'eau parfois limités.

Simultanément à Washington, la Banque mondiale et le FMI ont indiqué qu'il manquait au continent 4 milliards de dollars pour lutter contre la pandémie. Créanciers officiels et privés ont mobilisé ou pourraient mobiliser jusqu'à 70 milliards de dollars, mais l'Afrique a besoin de 114 milliards, selon ces institutions.