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Environnement : mobilisation dans plusieurs pays africains contre le projet de gazoduc de Total en Afrique de l'Est

La mobilisation fait partie d'un mouvement international pour faire pression sur le pétrolier français qui tient son assemblée générale le 28 mai prochain. 

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié
Temps de lecture : 5 min.
Une vue générale de la réception de Total E&P Uganda à Kampala, en Ouganda, le 22 janvier 2020. Les projets de la multinationale française dans ce pays et en Afrique de l'Est où elle prévoit de construire le plus long oléoduc du continent sont décriés par plusieurs ONG qui dénoncent des conséquences sociales et environnementales. (YASUYOSHI CHIBA / AFP)

Devant les stations ou sous la bannière du groupe pétrolier français Total, plusieurs dizaines de personnes se sont photographiées avec des messages pour protester contre le projet de gazoduc de la multinationale en Afrique de l'Est (East African Crude Oil Pipeline, EACOP) lors de la la journée mondiale de l'Afrique célébrée le 25 mai. A l'appel de la section Afrique du mouvement associatif international 350, qui milite pour la fin des combustibles fossiles et qui est membre de l'alliance internationale d'ONG Stop EACOP mobilisée contre le projet de Total, de nombreux activistes se sont déployés au Bénin, au Togo, au Ghana ou encore en République démocratique du Congo (RDC) pour soutenir les militants ougandais qui s'opposent au groupe français depuis plusieurs années.

"La région du lac Albert en Ouganda recèle d’importantes ressources pétrolières (découvertes en 2006, NDLR), estimées à plus d’un milliard de barils", explique-t-on sur le site de Total. La multinationale française y a lancé le projet baptisé Tilenga. "Opéré par Total (56,6%) en partenariat avec CNOOC (China National Offshore Oil Corporation) et UNOC (Uganda National Oil Company)", sa production "sera acheminée jusqu’au port de Tanga en Tanzanie par un oléoduc transfrontalier, construit et opéré par la société EACOP". Le chinois CNOOC est l'autre principal actionnaire de cet oléoduc. 

(Aujourd'hui, c'est votre dernière chance d'ajouter une photo au mur de selfies #StopEACOP avant les assemblées générales annuelles de
@Total & @StandardBankZA https://stopeacop.net/selfie-wall ARRETEZ l'oléoduc de l'Afrique de l'Est et soutenez les projets d'énergie propre qui bénéficient réellement aux communautés locales)

Solidarité continentale, mobilisation internationale 

Le mouvement de protestation sur le continent africain dénote de "la solidarité autour de ce qui se passe en Ouganda parce que si nous le tolérons dans ce pays, cela va déboucher sur la RDC, sur les pays limitrophes de l'Ouganda et d'autres Etats. Nous sommes connectés", confie à franceinfo Afrique Christian Hounkannou, organisateur francophone de 350 Africa. Le militant rappelle que son ONG s'emploie à renforcer les capacités des communautés de base "parce qu'elles peuvent ainsi défendre leurs droits". "Ce sont elles qui subissent l'impact du réchauffement climatique", poursuit l'activiste. 

Le projet de Total en Ouganda et en Tanzanie "provoquerait l’expropriation de 12 000 familles et menacerait des écosystèmes aussi fragiles qu’essentiels", selon deux études publiées en septembre 2020 par Oxfam, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et leurs partenaires.

"Total organise son assemblée générale le 28 mai 2021. Nous demandons à ses actionnaires, à ses dirigeants actuels de retirer leur financement des énergies fossiles. Nous attirons l'attention sur les violations des droits de l'Homme en Afrique", insiste Christian Hounkannou. Nous n'avons pas besoin de l'emploi qui détruit notre environnement. C'est pour cela que nous demandons à Total d'investir beaucoup plus dans la promotion des énergies renouvelables, d'accompagner les Etats à accroître leurs ambitions dans la promotion de ces énergies dans le cadre de l'Accord de Paris. (...) Nous ne mettons pas seulement la pression sur Total, poursuit l'activiste. Nous le faisons également pour Standard Bank (la banque sud-africaine est l'un des conseillers financiers du projet, NDLR) et sur tous les autres partenaires qui sont impliqués. Mais nous savons que Total a un grand poids." 

Maintenir la pression sur Total

D'autant que l'assemblée générale de la multinationale française sera l'occasion pour elle de présenter à son actionnariat son plan "climat" que certains d'entre eux ont déjà rejeté. Dans une tribune publiée dans Le Monde le 25 mai, Lucie Pinson, la fondatrice de l'ONG Reclaim Finance, appelle d'autres actionnaires à faire de même. 

Cette mobilisation en Afrique et en France, entre autres, intervient alors que l'ONG Les Amis de la Terre, qui a lancé avec Survie et quatre associations ougandaises une action en justice dans l'Hexagone contre Total au nom du "respect de la loi sur le devoir de vigilance par l’entreprise" dans le cadre de ses activités en Ouganda, signale l'arrestation de l'activiste ougandais Maxwell Atuhura. "Membre de l'Afiego, organisation partenaire des Amis de la Terre France et Survie et membre de l'alliance internationale Stop EACOP et une journaliste italienne, Federica Marsi, ont été arrêtés le mardi 25 mai 2021 à Buliisa, dans la région pétrolière de l'Ouganda", indique un communiqué de l'ONG. La journaliste aurait été relâchée, mais pas Maxwell Atuhura.

(Ce matin, nous sommes inquiets car notre partenaire ougandais, Maxwell Atuhura, n'a toujours pas été libéré par la @PoliceUg et est transféré vers une destination inconnue.)

La mobilisation de l'alliance Stop EACOP gagne en intensité à l'approche du 28 mai où 350 Africa prévoit d'organiser "une tempête" sur le réseau social Twitter. "Nous allons cibler les comptes des dirigeants de Total et nous allons leur envoyer nos messages", annonce Christian Hounkannou, organisateur francophone de 350 Africa. Vendredi, il y aura une tempête de tweets dans toute l'Afrique" sous le mot-dièse #StopEACOP. L'alliance internationale d'ONG du même nom plaide, entre autres, pour que les banques se retirent du financement de l'oléoduc. Un objectif atteint encore récemment : le journal Les Echos rapportait en avril dernier que trois banques françaises, à savoir BNP, Crédit Agricole et Société Générale, ne soutiendraient pas le projet.

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