Covid-19 : "Dans les pays du Sud, certaines exciseuses ont repris le couteau pour pouvoir gagner un peu d'argent", affirme une sociologue

La sociologue Isabelle Gillette-Faye explique que les excisions sont en hausse dans le monde à cause de la pandémie de Covid-19.

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Radio France
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Les mutilations génitales féminines sont en hausse à cause de la pandémie mondiale de Covid-19. (YASUYOSHI CHIBA / AFP)

Les mutilations génitales féminines sont en hausse à cause de la pandémie et "dans les pays du Sud, certaines exciseuses", touchées par la précarité provoquée par le coronavirus, "ont repris le couteau pour pouvoir gagner un peu d'argent alors qu'elles avaient abandonné la pratique", a indiqué sur franceinfo Isabelle Gillette-Faye sociologue et directrice générale de la Fédération nationale GAMS contre les violences spécifiques faites aux femmes. La journée mondiale contre les mutilations sexuelles féminines se tient samedi 6 février. "Il y a 70 millions de petites filles excisées en Indonésie. Aujourd'hui c'est en Asie où il y a le plus de mutilations sexuelles féminines", a précisé Isabelle Gillette-Faye.

franceinfo : A cause de la pandémie, il y a une recrudescence des mutilations sexuelles sur les filles ?

Isabelle Gillette-Faye : Malheureusement oui. Nous avons une reprise accrue des mutilations sexuelles féminines. Dans les pays du Sud, certaines exciseuses ont repris le couteau pour pouvoir gagner un peu d'argent alors qu'elles avaient abandonné la pratique. Comme les familles ne peuvent plus envoyer leurs filles à l'école, elles se disent qu'en les excisant et les mariant précocement, elles vont éviter le déshonneur.

Quelles sont les conséquences de ces mutilations sexuelles féminines ?

Elles sont multiples et s'il n'y a qu'une seule conséquence que vous devriez retenir, c'est que mutilation sexuelle féminine = mort. Lorsqu'une personne pratique une excision, sur une enfant, une jeune femme, une femme, il y a un risque très important d'hémorragie et on peut mourir même quand c'est fait en contexte médical. Même la médicalisation ne garantit pas l'absence de mort. Ce sont des jeunes filles qui peuvent avoir des grossesses précoces et leur corps n'est pas prêt à mettre au monde un enfant. Ces femmes tout au long de leur vie risquent d'avoir des infections multiples et variées.

En France l'excision est interdite mais selon le collectif Excision parlons-en ! il y a 125 000 excisions chaque année ?

En fait ce n'est pas 125 000 excisions chaque année. C'est un chiffre qui vient de l'Ined, l'Institut national d'études démographiques. En juillet 2019, nous avions 125 000 femmes résidant sur notre territoire ayant subi une mutilation sexuelle féminine et nous avions encore 10 % de leurs enfants qui étaient à risque de mutilation sexuelle féminine. L'idée, c'est d'avoir des chiffres plus précis parce que nous recevons de nouvelles populations originaires d'Afrique de l'Est, d'Asie, des pays du Caucase et qui sont susceptibles de pratiquer des mutilations sexuelles féminines. Pour l'instant on a les yeux braqués uniquement sur le continent africain, mais il faut bien comprendre que ça concerne des enfants qui sont d'autres origines. Il y a 70 millions de petites filles excisées en Indonésie. Aujourd'hui c'est en Asie où il y a le plus de mutilations sexuelles féminines.

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