Au Ghana, l'ouverture d'un centre pour LGBT provoque une vague d'homophobie

La naissance d’une organisation pour la défense des droits des personnes homosexuelles crée la polémique.

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France Télévisions
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Le drapeau arc-en-ciel, symbole de la communauté LGBT, brandi lors de la Gay pride à Durban, en Afrique du Sud, en juin 2018. (RAJESH JANTILAL / AFP)

Au Ghana, îlot de démocratie en Afrique de l’Ouest, l'émergence d'un militantisme LGBT (lesbienne, gay, bi, trans) semble impossible. Trois semaines après l’ouverture d’une permanence associative, les forces de l'ordre sont intervenues pour fermer les locaux suite aux fortes pressions exercées par des religieux et des politiques.

Un espoir de courte durée

Le 31 janvier 2021, l’association LGBT Rights Ghana avait ouvert dans la banlieue d'Accra un centre visant à offrir une permanence et un "espace sûr" pour les personnes LGBT. Une première dans ce pays ouest-africain, où l'homosexualité est pénalisée. Des religieux, l’Eglise catholique et des membres du gouvernement se sont dressés pour exiger sa fermeture immédiate. Cet espace censé apporter un peu de réconfort à des personnes en souffrance n'existe plus. Pire, les actes homophobes se sont multipliés.

"Nos noms et nos visages sont connus, nous recevons des menaces très précises. Nous ne sommes plus en sécurité"

Abdul-Wadud Mohammed, porte-parole de LGBT Rights Ghana

à l'AFP

"Notre heure viendra"

Les membres du collectif ne s’attendaient pas une vague d’homophobie d’une telle ampleur. Ils communiquaient jusque-là à visage découvert sur les réseaux sociaux. Mais depuis la fermeture de leur local, ils sont contraints de vivre dans l’ombre. Malgré la pression énorme et les menaces incessantes, ils ne regrettent pas d’avoir mis en lumière un sujet jugé tabou.

Au Ghana, pays très conservateur et religieux, 87% de la population soutiennent l'interdiction pour les personnes LGBT de tenir des réunions publiques et 75% approuvent les déclarations homophobes des représentants de l'Etat et des chefs religieux, selon une enquête réalisée par l'Africa Center for International Law and Accountability (ACILA).

"Cela fait près d'un mois que tout le pays parle de la communauté LGBT ! Pour moi, c'est une victoire. Nous sommes certains que notre heure viendra"

Abdul-Wadud Mohammed, porte-parole de LGBT Rights Ghana

à l'AFP

Le soutien de la diaspora

Le collectif reste optimiste grâce aux nombreux soutiens reçus de la diaspora ghanéenne. Des personnalités américaines et britanniques, pour la plupart originaires du Ghana, dont l'acteur Idris Elba, la top modèle Naomi Campbell et le créateur Virgil Abloh ont signé une lettre ouverte dans laquelle ils expriment leur "profonde préoccupation" face à la situation à laquelle sont confrontées les personnes LGBT dans ce pays d'Afrique de l'Ouest.

Cette affaire est une mauvaise publicité pour le Ghana qui se veut moderne et tente de séduire la communauté noire-américaine et la diaspora ghanéenne en les encourageant à rentrer dans le pays de leurs ancêtres. Le président Nana Akufo-Addo, qui était resté plutôt évasif sur la question de l'homosexualité, s'est finalement exprimé lors d'une cérémonie religieuse pour rappeler que le mariage entre personnes de même sexe "ne serait jamais légalisé pendant (son) mandat présidentiel".

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