Au Sénégal, pour les célébrations religieuses de Tabaski, le bélier Ladoum devient un animal très convoité

En Afrique de l’Ouest, avant les festivités religieuses musulmanes du mois de juillet, des milliers de moutons sont vendus dont le fameux Ladoum.

Avant que démarre Tabaski, littéralement "fête du mouton", des milliers d’ovins sont transportés sur les marchés du Sénégal. A Dakar, les fidèles les plus riches n'hésitent pas à débourser une petite fortune pour se procurer un Ladoum, le mouton le plus prisé. Certains imans critiquent ouvertement cette attitude.

Huit photos de John Wessels illustrent ce propos.

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Pendant la fête musulmane du Sacrifice, l'Aïd al-Adha, qu'on appelle Tabaski en Afrique de l'Ouest, les Sénégalais partagent en famille et avec leurs voisins un mouton sacrifié le jour même. Le bélier (mouton mâle non castré) de race Ladoum, aux poils ras et aux cornes en forme de tire-bouchon qui peut mesurer jusqu’à 1m20 au garrot et peser 175 kilos, est le plus prisé des fidèles.    JOHN WESSELS / AFP
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80% du bétail consommé durant Tabaski provient du Sénégal. Chaque année au moment de cette fête religieuse, 260 000 moutons sont consommés dans la seule région de Dakar.    JOHN WESSELS / AFP
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Sur le principal marché aux bestiaux de la capitale, des bergers des communautés wolof, peule, sérère, venus de tout le pays ainsi que du Mali et de Mauritanie, proposent des bêtes pour toutes les bourses. Les Sénégalais les plus prospères n'hésitent pas à payer une petite fortune pour pouvoir immoler un Ladoum. Certains peuvent débourser jusqu'à deux millions de francs CFA (3 000 euros) pour pouvoir sacrifier un tel animal.    JOHN WESSELS / AFP
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Comme le Ladoum peut être une source très importante de revenus, des éleveurs comme Abdou Fatah Diop qui en possède des dizaines se sont spécialisés dans son élevage. Pour lui, cet animal est "une véritable passion. J'en oublie tout le reste", avouant qu'il dépense davantage d'argent pour son bélier et ses brebis que pour sa propre famille. "C'est une race très prisée du fait de sa taille, de son poids, de sa splendeur. Le Ladoum est exceptionnel, on ne le trouve nulle part ailleurs", confie-t-il à l’AFP.  Aux petits soins pour ses bêtes, il revend ainsi à prix d'or les agneaux à d'autres éleveurs, soucieux d'améliorer leur cheptel.   JOHN WESSELS / AFP
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Mais sacrifier un tel animal pour la Tabaski est aussi devenu un moyen de proclamer devant tous un statut social élevé au Sénégal, où près de 40% de la population vis avec moins de 1,70 euro par jour, selon la Banque mondiale. Des éleveurs rappellent que dans l'islam, les plus riches ont l'obligation de sacrifier les plus beaux animaux.    JOHN WESSELS / AFP
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"Les Sénégalais sont de bons musulmans. Et il ne faut pas oublier que le mot sacrifice a un sens. Un hadith (extrait d'un recueil des traditions relatives aux actes et paroles du prophète Mahomet) dit que l'éleveur, au moment de Tabaski, doit immoler son bélier le plus costaud, celui qui a le plus de viande, qui est le plus gras. On ne sacrifie pas n'importe quoi", déclare un éleveur.   JOHN WESSELS / AFP
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Si des imams déclarent qu’un bon mouton de 60 000 francs CFA (90 euros) peut suffire comme sacrifice, "les gens ont quand même tendance à (…) chercher un gros bélier", souligne le président du foirail des petits ruminants de Dalifort-Pikine.      JOHN WESSELS / AFP
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Mais pour certains imams de la Grande mosquée de Dakar, la religion n'impose pas aux fidèles de s'endetter. "Le mouton n'a pas besoin d'être beau. Il peut être noir, blanc, marron ou bien tricolore...", rappelle l’un d’eux. Son âge et la manière de le tuer importent plus, selon la tradition islamique. "Nous sommes un pays pauvre, mais les gens font tout pour avoir un gros mouton. Si tu es un farfelu, tu peux acheter ce que tu veux pour impressionner le voisinage, mais c'est de la vanité. (…) Les très gros moutons, généralement, on ne peut même pas les consommer : la viande est trop dure !" ajoute l’un d’eux.    JOHN WESSELS / AFP