Cet article date de plus de cinq ans.

Le Congo bien trop riche pour être indépendant

Le 17 novembre 2016, le président Joseph Kabila a nommé Premier ministre un ancien membre de l'opposition. Cette ouverture politique doit permettre de mieux faire accepter le report l’élection présidentielle. En un siècle, la RDC n’a pas connu de vraies élections démocratiques. Les puissances coloniales puis régionales qui convoitent les richesses du pays l'ont plongé dans une guerre perpétuelle.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Service funèbre au siège de l'opposition congolaise, le quartier général de l'UDPS à Kinshasa, le 31 octobre 2016. Six militants ont été tués le 19 septembre lors de manifestations organisées par l'opposition pour demander la démission du président Joseph Kabila.

	  (Eduardo Soteras / AFP)

Le président congolais a nommé Samy Badibanga au poste de Premier ministre. La nomination de cet ancien opposant fait suite à l'accord politique signé en octobre entre le président Kabila et les députés d'une frange minoritaire de l'UDPS (opposition).

L'accord prévoit le report des élections à 2018 et la mise en place d'un gouvernement d'union nationale. Ce «dialogue» est rejeté par la majeure partie de l'opposition réunie autour de l'opposant historique Etienne Tsisekedi. Son parti l'UDPS avait contesté les résultats de l'élection présidentielle de 2011 remportée par Joseph Kabila et boycotté ces derniers mois le dialogue national qualifié de «manœuvre politique».
 
Le pouvoir politique congolais a-t-il été un jour légitime?
L’indépendance du Congo, colonie belge jusqu'en 1960, a été rapidement torpillée par l’assassinat (par la CIA) du Premier ministre Patrice Lumumba en 1961. S’en suivront trente-deux années de pouvoir dictatorial et corrompu du Maréchal Mobutu Sese Seko.

En 1996, le rebelle Laurent-Désiré Kabila renverse Mobutu, avec le soutien des pays voisins (Rwanda, Ouganda, Tanzanie). Son règne ne durera pas, il sera assassiné en 2001 par un de ses gardes du corps. Son fils Joseph Kabila, exilé en Tanzanie sous Mobutu, lui succède.

Après deux élections marquées par des fraudes massives, le jeune président (45 ans) tente aujourd’hui de se maintenir au pouvoir en repoussant l’échéance électorale à 2018. Après avoir tenté de modifier la Constitution, qui ne permet pas de faire plus de deux mandats.
 
Congo: un scandale géologique
L’immense RDC a également été l’objet d’une véritable prédation. D’abord du pouvoir colonial belge, puis des multinationales, et enfin de ses voisins. Ce fut d’abord l’ivoire pour les touches de piano et les bijoux, puis le caoutchouc pour l’automobile, le cuivre pour fabriquer les fusils de la Grande Guerre. Vint ensuite l’uranium qui permit aux Américains de produire la première bombe nucléaire.
 
Le Rwanda lorgne sur les ressources du Congo
En 1994, l’afflux d’un million et demi de réfugiés rwandais, dont bon nombres de génocidaires, va provoquer une longue instabilité dans la région du Kivu. Ces concentrations de réfugiés, militaires et civils confondus, seront dispersées par les armées du Rwanda et de l’Ouganda lors de première guerre de 1996. Organisant le chaos, ces deux pays ont mis en coupe réglée le riche sous-sol de la région.
 
L’expédition de Laurent-Désiré Kabila pour chasser Mobutu était financée en partie par des entreprises américaines comme Américan Mineral Field et par les alliés des Américains dans la région, le Rwanda et l’Ouganda. «Rapidement ce fut un hold-up à ciel ouvert. Le casse du siècle. Des banques furent vidées, des usines démontées et transportées de l’autre côté de la frontière», écrit Colette Braeckman dans son dernier livre Congo Kinshasa aller-retour.

Les guerres dans l'est du Congo ont fait des millions de victimes et de déplacés. (afp/ Walter Astrada)

Le chaos facilite le pillage
Depuis son arrivée au pouvoir, Joseph Kabila doit faire face à des guerres répétées dans l’est du Congo où des forces rebelles appuyées par les voisins rwandais et ougandais tentent de déstabiliser le pays et piller ses ressources. Emportant par camions entiers des métaux rares (coltan, tungstène, niobium) indispensables à l’industrie électronique. Les multinationales canadiennes et chinoises expédient ces précieuses terres rares via Kigali, capitale du Rwanda, pour fabriquer les puces des téléphones portables.

La capitale rwandaise est devenue un riche hub international où transitent les matières premières de la RDC. «Le malheur de la RDC, ce sont ses richesses. Qu’ils le veuillent ou non, les voisins savent qu’ils vivent aux mamelles de la RDC. Le Rwanda est devenu exportateur de coltan alors qu’il n'en a pas dans son sol. Le Burundi exporte de l’or…», affirmait Vital Kamerhe, ancien président de l'Assemblée Nationale.

Le bois des immenses forêts du pays et ces millions d’hectares de terres non cultivées sont également dans le collimateur des multinationales.

«Demain, ce sera l’eau de ses fleuves et de son vaste bassin hydrographique déjà convoitée par les pays (assoiffés) comme le Tchad ou l’Afrique du Sud», affirme la spécialiste de la région des grands lacs Colette Braeckman. L’Afrique du Sud,dont les mines sont épuisées, pousse déjà ses entreprises jusqu’aux ressources de l’immense Congo.
 
Le président Joseph Kabila, entend rester au pouvoir le plus longtemps possible, encouragé par les parrains de la région, les présidents Museveni en Ouganda, Kagamé au Rwanda, Nkurunziza au Burundi. Ces derniers ne voient pas d’un bon œil Kinshasa se livrer à un processus électoral ouvert et transparent. «Un président aussi jeune ne saurait quitter le pouvoir.» Quant à l’Union africaine, elle est actuellement inaudible.
 

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers République démocratique du Congo

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.