"Ils m'ont pourchassée en me découpant": en République démocratique du Congo, des rescapés des massacres témoignent

Les massacres ont été attribués aux Forces démocratiques alliées (ADF), à l’origine des rebelles ougandais musulmans qui se sont repliés en 1995 dans l’est du Congo.

(BIENVENU-MARIE BAKUMANYA / AFP)

"Ils m'ont demandé de m'asseoir pour qu'ils me découpent à la machette". Kavuho Ndovya a survécu à un massacre de civils attribué au groupe armé des Forces démocratiques alliées (ADF) qui sème la terreur à Beni dans l'est de la République démocratique du Congo.

Les ADF, à l'origine un mouvement rebelle musulman ougandais, sont implantés dans l'est de la RDC depuis près de vingt-cinq ans. Ils y attaquent les civils dans des zones reculées, souvent inaccessibles aux forces de sécurité. Plus de 110 civils ont été tués dans cette région frontalière de l'Ouganda depuis le 5 novembre, selon un bilan établi par l'AFP à partir de diverses sources, notamment locales. 

"J'ai fait le mort"

Une soixantaine de rescapés sont pris en charge à l'hôpital général de Beni, lourdement blessés et traumatisés. La plupart d'entre eux ont été touchés aux jambes par balles "parce qu'ils ont été atteints dans leur fuite", témoigne le Dr Godefroid Kombi, chirurgien en chef à l'hôpital de Beni. "Ceux qui n'avaient pas tenté de s'enfuir, comme moi, ont été taillés en morceaux, comme mes parent", explique Edwige Kalivanda, orpheline de 9 ans.

Dans le pavillon des blessés, une mère de cinq enfants, Kavuho Ndovya, porte les cicatrices de "neuf blessures profondes", selon le Dr Kombi. "Les ADF m'ont demandé de m'asseoir pour qu'ils me découpent à la machette. J'ai tenté de fuir mais ils m'ont pourchassée en me découpant", raconte la mère de famille. Elle a survécu à l'attaque du 19 novembre à Mbau, à 26 km au nord de Beni, à l'entrée du "triangle de la mort" Mbau-Eringeti-Oicha."Je suis tombée une première fois, ils m'ont taillée avec leurs machettes. Je me suis enfuie une deuxième fois, ils ont tiré. J'ai fait le mort", raconte-t-elle.

Si je n'avais pas tenté de fuir ou fait le mort, je suis certaine que je ne serais plus en vie. Ils n'ont pas touché à mes enfants qui étaient témoins de cette scène insupportable.Kavuho Ndovyaà l'AFP

Accusés d'avoir tué 1 000 civils depuis octobre 2014, les ADF ont intensifié leurs attaques après l'annonce d'opérations militaires contre leurs bases le 30 octobre. Des "représailles" pour briser le soutien des civils à l'armée, d'après les observateurs.