Ebola : le cap de mille morts franchi en République démocratique du Congo

Il s'agit de la deuxième épidémie la plus grave de l'histoire du virus. 

Un centre de traitement à Bunia, en République démocratique du Congo, le 10 novembre 2018. 
Un centre de traitement à Bunia, en République démocratique du Congo, le 10 novembre 2018.  (JOHN WESSELS / AFP)

Le cap des mille morts a été franchi, vendredi 3 mai, dans l'épidémie de la fièvre hémorragique Ebola en République démocratique du Congo, a annoncé le ministère de la Santé. "Au total, il y a eu 1 008 décès (942 confirmés et 66 probables) et 422 personnes guéries", a précisé le ministère de la Santé congolais dans son bulletin quotidien vendredi soir, neuf mois après la déclaration de l'épidémie. "Le taux de létalité globale de l'épidémie est de 65,9%", a ajouté l'autorité sanitaire congolaise.

C'est la dixième épidémie sur le sol congolais, et la deuxième la plus grave dans l'histoire du virus après celle qui a menacé l'Afrique de l'Ouest en 2014, faisant plus de 11 000 morts.

"Instrumentalisation" de la maladie 

L'épidémie frappe une région touchée par l'insécurité qui s'est retournée contre les personnels soignants. Dans les localités de Katwa et Butembo, le nombre de décès, de cas avérés et de cas suspects est reparti à la hausse après l'attaque des deux centres de traitement d'Ebola (CTE), fin février-début mars. Un médecin camerounais de l'OMS a été tué le 19 avril à Butembo par des hommes armés alors qu'il dirigeait une réunion d'une équipe anti-Ebola.

L'OMS a aussi pour la première fois dénoncé "la manipulation politique" visant à créer un sentiment d'hostilité contre les personnels soignants luttant contre le virus. "Les acteurs politiques, qui ont instrumentalisé la maladie, ont contribué à la désinformation de la population qui paie le prix fort", a aussi accusé le ministre de la Santé congolais, le docteur Oly Ilunga. "La société civile détient des enregistrements sonores des déclarations des acteurs politiques et leaders d'opinion opposés à la riposte", a-t-il ajouté, sans autre précision.

Méfiance grandissante 

Fin décembre 2018, Ebola a servi de prétexte à la Commission électorale (Céni) pour annuler l'élection présidentielle dans la région de Beni-Butembo. Cette décision a provoqué la colère durable des électeurs. "Après l'annonce de la Céni, 32 centres de santé ont été attaqués dans la ville de Beni", avait témoigné une responsable des urgences de Médecins sans frontières (MSF) au journal Le Monde.

"La riposte dans sa conception et dans son pilotage ne tient pas compte de cette méfiance grandissante des populations", regrette le professeur Godefroid Ka Mana chercheur à Pole institute, spécialisé dans les questions de paix dans la région des grands lacs africains. De même, les enterrements "dignes et sécurisés" des malades à la charge de la Croix-Rouge sont perçus par les populations comme une "agression culturelle en mettant les cadavres d'Ebola dans des sachets et en les enterrant dans des fosses communes", constate le philosophe.

"Chaque fois qu'on a laissé les équipes de la riposte travailler, on est parvenu à contrôler la maladie rapidement", a expliqué le ministre de la Santé congolais, qui veut croire en une "inversion de la tendance". Les familles qui refusent d'accepter la riposte sont désormais chassées des villages, alors qu'avant c'était la communauté qui encourageait la résistance à la riposte.