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Renault au Maroc : l'usine qui fâche

L'inauguration d'une immense usine Renault près de Tanger relance la polémique autour des délocalisations, en plein débat sur la compétitivité et l'avenir du "made in France".

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France Télévisions
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Le patron de Renault, Carlos Ghosn (à gauche) au côté de Tunc Basegmez (à droite), pendant une visite jeudi 9 février 2012 de la nouvelle usine de Melloussa, à 30 kilomètres de Tanger au maroc. (AFP / CHAFIK ARICH)

En plein débat sur la compétitivité et l'avenir du "made in France", l'ouverture d'une immense usine Renault à Melloussa, dans la région de Tanger (Maroc), risque de relancer en période électorale la polémique autour des délocalisations.

Le PDG de Renault, Carlos Ghosn, et le roi du Maroc, Mohammed VI, ont inauguré jeudi 9 février cet immense site, implanté à seulement 14 kilomètres des côtes européennes, mais où les coûts salariaux sont plus de quatre fois inférieurs au salaire minimum français. Renault y fera construire le monospace Lodgy, dernier-né de Dacia, la marque low cost du groupe, ainsi qu'un véhicule utilitaire.

 

Paul Sanfourche, Y. Mili – France 2

Les syndicats inquiets

Le Lodgy sera disponible en Europe autour de 10 000 à 12 000 euros, soit deux fois moins que des monospaces comme le Renault Scenic ou le Touran de l'Allemand Volkswagen. Mais les syndicats craignent que la production du site de Melloussa, exportée à 85%, ne fasse concurrence à deux modèles fabriqués dans l'Hexagone, le monospace Scenic et l'utilitaire Kangoo. "On considère que c'est l'usine de tous les dangers", commente Fabien Gache, délégué syndical central CGT chez Renault.

L'Humanité rappelle que "depuis 2008, le nombre de salariés est passé de 6 000 à 2 000 à l'usine de Sandouville [Seine-Maritime] et de 5 800 à 3 000 à Douai [Nord]", alors même que "Renault s’était engagée à maintenir l’emploi en France lorsqu'elle avait reçu trois milliards d’euros de prêts de l'Etat en 2009 pour amortir les effets de la crise".

Renault dit vouloir augmenter la production en France

Carlos Ghosn a néanmoins rappelé jeudi matin sur RTL que le plan stratégique de Renault à moyen terme prévoyait chaque année une augmentation de la production du constructeur en France. Celle-ci a progressé de 1,5% par rapport à 2010 sur les voitures et utilitaires légers. En revanche, en comptant uniquement les voitures, la production de Renault sur le sol français a baissé de 6,4% l'an dernier. Celle de Citroën, par exemple, a augmenté de 10,4%, selon les chiffres du Comité des constructeurs français d'automobiles.

D'importants avantages fiscaux

Le chantier de l'usine de Melloussa, qui s'étend sur un terrain de 300 hectares, représente un investissement de 600 millions d'euros, qui pourra être porté jusqu'à un milliard. A terme, 6 000 salariés travailleront sur place. Renault estime que les emplois indirects chez les fournisseurs pourraient s'élever à 30 000.

Le site marocain est conçu comme une extension de l'usine de Pitesti, en Roumanie, aujourd'hui saturée. Plutôt que de l'agrandir, Renault a préféré en construire une nouvelle, aidé dans sa décision par des coûts salariaux inférieurs de près de moitié à ceux de la Roumanie et par d'importants avantages fiscaux de la zone franche tangéroise : exonération de l'impôt sur les sociétés pendant cinq ans puis à taux réduit, pas de taxe d'exportation, formalités douanières accélérées.

Un choix "dangereux et insoutenable", selon Estrosi

Les politiques, eux, tombent à bras raccourcis sur le constructeur, détenu à 15% par l'Etat, au moment où la désindustrialisation de la France s'impose comme un thème majeur de la campagne présidentielle. Jeudi, l'ex-ministre de l'Industrie Christian Estrosi a accusé Renault de "jouer contre la politique du gouvernement et contre l'industrie française", alors que Nicolas Sarkozy a annoncé une baisse des cotisations patronales pour améliorer la compétitivité industrielle de la France. Il dénonce un "dumping social au Maroc", où le salaire minimum est à 240 euros par mois. Un choix "dangereux et insoutenable" pour le député-maire UMP de Nice.

Le sénateur UMP Gérard Larcher a souligné jeudi sur LCI que produire en France et travailler avec des sous-traitants français étaient "une des responsabilités sociétales" de Renault. "La réindustrialisation, ça ne peut pas être que dans les mots." 

Dominique de Villepin, ancien Premier ministre et candidat à la présidentielle, se dit quant à lui "inquiet" et aurait voulu voir la "montée de gamme" privilégiée.

BFM TV

Le député socialiste Arnaud Montebourg a évoqué une "prime à la casse de l'industrie française""À l'heure où le gouvernement multiplie ses déclarations d'intention sur le 'produire français', le soutien de l'Etat actionnaire est une humiliation à l'industrie française", a-t-il dit.

"Ce n'est pas quelque chose qui se fait au détriment de la France", mais "qui vient au contraire ajouter à la charge de travail en France (...) dans nos ingénieries, dans nos usines moteurs, au niveau de nos fournisseurs", a argué Carlos Ghosn jeudi sur RTL. Le directeur général délégué de Renault, Carlos Tavares, a assuré que "la fabrication de voitures à Tanger rapportera[it] 800 euros à la France" par voiture produite, "parce qu'il y a 400 euros de pièces livrées depuis la France et 400 euros d'ingénierie" basée dans l'Hexagone.

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