RDC : le premier procès anti-corruption entaché par le meurtre du juge en charge du dossier

Raphaël Yanyi Ovungu devait statuer sur une affaire de détournements de fonds publics au sommet de l’Etat.

Un boulevard d\'un quartier résidentiel de la ville de Kinshasa (RDC) durant le confinement dû au coronavirus, le 25 avril 2020.
Un boulevard d'un quartier résidentiel de la ville de Kinshasa (RDC) durant le confinement dû au coronavirus, le 25 avril 2020. (SAMIR TOUNSI / AFP)

Le ministre congolais de la Justice a annoncé l’ouverture d’une enquête pour élucider les circonstances de la mort, fin mai, du juge Raphaël Yanyi Ovungu. Ce dernier était en charge de l'affaire Kamerhe", du nom du directeur de cabinet du chef de l'Etat, Vitale Kamerhe, jugé pour détournement de fonds publics.

"Un acte ignoble"

C’est une affaire dans l'affaire. Le juge affecté au premier procès anti-corruption en République démocratique du Congo a été tué. Les résultats de l’autopsie demandée avec insistance par sa famille et la société civile révèlent que Raphaël Yanyi Ovungu, 51 ans, est décédé d'une "hémorragie intracrânienne", suite à des coups reçus sur la tête. Le gouvernement condamne "un acte ignoble" et promet d’ouvrir une enquête pour élucider ce meurtre et trouver les coupables. La famille, elle, réclame une enquête internationale. 

Un dossier sensible

Il est encore très tôt pour savoir qui a eu intérêt à éliminer le magistrat. Mais ce crime montre la fragilité de la justice en République démocratique du Congo, où la corruption est érigée en système. C'est la toute première fois qu’une affaire de détournements de fonds publics est jugée au tribunal et retransmise en direct à la télévision. Dans le box des accusés : Vital Kamerhe, figure centrale de la vie politique congolaise et principal allié du chef de l'Etat Félix Tshisekedi. Il est aujourd'hui, selon Dieudonné Wamu Oyatambwe, politologue, spécialiste de la RDC, le reflet d’un système qui s'est construit sur l’impunité.

Ces dernières années, les organisations de la société civile ont dénoncé les détournements de sommes colossales… Les responsables sont connus, mais ils n’ont jamais eu à rendre de comptes !Dieudonné Wamu Oyatambwe, politologue congolaisà la RTBF (Radio télévision belge francophone)

Le procès anti-corruption suit son cours avec un nouveau président à la tête du tribunal. Le parquet a requis 20 ans de prison à l'encontre de M. Kamerhe et de son principal co-accusé, un entrepreneur libanais, Jammal Samih. Tous deux sont poursuivis pour le détournement de plus de 50 millions de dollars de fonds publics alloués à la construction de logements sociaux. Le verdict est attendu le 20 juin prochain.