Angola: un an après l'élection de João Lourenço, le Portugal se rapproche

Très liés économiquement – Luanda est le troisième destinataire des investissements portugais –, l'Angola et le Portugal sont restés en froid sur le plan politique. Notamment en raison de la décision de Lisbonne, après une enquête en 2011, de juger sur son territoire l'ex-vice-président angolais Manuel Vicente pour corruption. Le transfert de l'affaire en Angola augure un réchauffement.

Le président angolais João Lourenço photographié en mai 2018, huit mois après son élection à la tête de l\'ancienne colonie portugaise.
Le président angolais João Lourenço photographié en mai 2018, huit mois après son élection à la tête de l'ancienne colonie portugaise. (Philippe WOJAZER / REUTERS)

En visite à Luanda le 17 septembre 2018, le Premier ministre du Portugal Antonio Costa a commencé par promettre d'accroître le soutien financier de son pays à son ancienne colonie, dans le but d'accélérer la normalisation des relations politiques des deux pays.

«Nous allons augmenter notre ligne de crédits de soutien aux exportations (des entreprises portugaises vers l'Angola) de 1 à 1,5 milliard euros», a déclaré M.Costa devant la presse.

Autre président, autre ambiance
Rester présent et même renforcer sa présence économique en Angola est capital pour le Portugal, de plus en plus concurrencé sur place par la Chine qui, là comme ailleurs en Afrique, étend sa toile.

Sans compter les efforts de l'Angola pour intégrer le groupe des BRICS, l'hétérogène club des cinq pays émergents (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud (South Africa). 

Le voyage du chef du gouvernement portugais marque la reprise des visites à haut niveau entre dirigeants des deux pays. Des rencontres interrompues pendant une longue période alors que l'ancien président angolais, l'indéboulonnable Jose Eduardo dos Santos (chef d'Etat de 1979 à 2017), avait pris ombrage de la décision de Lisbonne de juger au Portugal son vice-président de l'époque, M.Vicente, pour corruption.

Son successeur, João Lourenço, a maintenu l'exigence de rapatrier l'affaire dans son pays. Ce fut chose faite en mai 2018 et depuis, les deux capitales se sont rapprochées.

Une nouvelle ère
«Les relations politiques entre le Portugal et l'Angola ne sont pas seulement bonnes, elles sont saines et avec une grande chance de s'approfondir ces prochaines années», a insisté M.Costa, même si elles ont été «marquées par la passion».

De son côté, le ministre angolais des Affaires étrangères, Manuel Augusto, s'est réjoui de la visite de M.Costa qui, a-t-il dit, marque «une nouvelle ère dans notre amitié».

M.Costa a confirmé qu'il signerait, lors d'un entretien avec le président angolais João Lourenço, un accord de coopération stratégique bilatéral couvrant la période 2018-2022. Cet accord «étend notre coopération à des domaines de souveraineté tels que la défense, la collaboration technique policière ou l'administration fiscale».

Un resserrement des contacts censé mieux lutter contre la corruption, l'un des fléaux de l'ancienne équipe dirigeante angolaise et contre lequel M.Lourenço a promis de se battre. Ce dernier doit se rendre en visite officielle à Lisbonne les 23 et 24 novembre 2018.

De grosses dettes
Le nouveau président angolais a donc décidé d'évincer des institutions et des entreprises les proches de son prédécesseur M.dos Santos. En premier lieu, la richissime fille de ce dernier, Isabel, surnommée «Princesse» et poursuivie dans son pays pour de possibles détournements de fonds de la compagnie pétrolière Sonangol qu'elle dirigeait.

Deuxième producteur d'or noir d'Afrique derrière le Nigeria, l'Angola ne s'est toujours pas remis de la dégringolade des cours du pétrole en 2014. Sa dette envers les entreprises portugaises s'élève à quelque 400 millions d'euros.

Une autre forme de lien, en quelque sorte.