Thelma West, une diamantaire «made in» Nigeria

Dans l'univers du diamant, Thelma West fait figure de pionnière. Elle est aujourd'hui la seule Africaine sinon la seule Nigériane à être diamantaire. La jeune femme a été formée à Anvers et s'est installée à Londres faute de pouvoir mener ses activités dans son pays natal.

Les mains de la diamantaire nigériane Thelma West , le 11 mars 2016 à Londres.
Les mains de la diamantaire nigériane Thelma West , le 11 mars 2016 à Londres. (DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP)

Thelma West. Un nom qui rime avec rareté et préciosité. A 32 ans, installée à Londres, elle est l’unique diamantaire nigériane dans un milieu très masculin et très fermé. «Je suis la seule jeune femme juive nigériane dans le commerce du diamant et je ne connais pas d'autres Africaines», confie-t-elle à l'AFP, tout en confiant ne «pas trop aimer les étiquettes». C'est dans la boîte à bijoux maternelle que ses premiers émois pour ces pierres sont nés.

Formée à Anvers
«A 16 ans, j'ai quitté Lagos pour venir finir mes études secondaires au Royaume-Uni», raconte cette aînée de cinq enfants qui a grandi dans un milieu privilégié. D'où sa décision d'aller à Anvers, la capitale mondiale du diamant, à 17 ans, «sans y connaître personne», afin d'intégrer l'école de renommée internationale Hoge Raad Voor Diamant. «Les cours ne me suffisaient pas. L'essentiel de la connaissance vient en manipulant quotidiennement les diamants», dit-elle. Elle cherche donc un stage auprès d'un diamantaire. En vain pendant six mois. Jusqu'à ce que David, l'un d'entre eux, l'accueille chaque soir après les cours pendant un an.

Après avoir étudié la gemmologie à Anvers, elle décide de mettre son expertise au service de son pays. Mais «à ma grande surprise, il n’y avait pas de marché, confiait-t-elle à Grace Sheppard en 2015. «Les Nigérians sont plus intéressés par l’or que par le diamant, et seulement l'élite veut acheter des diamants. Je suis revenue en Grande-Bretagne pour trouver du travail. J’ai été chanceuse et j’ai décroché mon premier emploi à Hatton Garden (le quartier des diamantaires à Londres) à 20 ans.» Basée à Barcelone en Espagne, l'entreprise qui la recrute est l'un «des plus grands fournisseurs de diamants en Europe». Elle y passera quatre ans avant de monter sa propre structure à Londres, encouragée par son employeur et aidée par d'anciennes camarades de classe de Lagos devenues banquières d'affaires. Ses premiers clients sont ses amis. 

La diamantaire nigériane Thelma West tient un diamant taillé dans ses bureaux, à Londres, le 11 mars 2016.
La diamantaire nigériane Thelma West tient un diamant taillé dans ses bureaux, à Londres, le 11 mars 2016. (DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP)

Un faible pour les bagues de fiançailles et son Nigeria natal
Thelma West travaille aujourd'hui pour «moins de 50 clients dont 12 investisseurs». Parmi eux, des Suisses, des Russes, «une poignée de Français» et des Africains aussi originaires du «du Ghana, du Nigeria». Leur profil : femmes au foyer, banquières ou encore hommes d'affaires. Les relations se nouent «par le bouche à oreille». Entourée d'une équipe de dix femmes, elle fabrique elle-même toutes ses créations qui sont garanties à vie. La diamantaire avoue avoir une préférence pour «les bagues de fiançailles parce qu’il y a une histoire romantique derrière elles».

Thelma West n'a pas renoncé à faire aimer les diamants à ses compatriotes. Elle a décidé de «créer un atelier» au Nigeria pour former les jeunes filles à la découpe de pierres précieuses, à la gemmologie et à la création joaillière. En hommage à son pays, elle a dessiné un bijou aux couleurs du Nigeria: elle a monté sur une bague une améthyste verte de 52 carats pour les 52 ans de l’indépendance, au dos de laquelle figure une carte du pays.