Nigeria : minée par la corruption, l’armée en échec face à Boko Haram

L’armée du géant économique africain, en pleine décomposition, enchaîne les défaites face à Boko Haram. La secte islamiste harcèle une armée nigériane mal équipée et démotivée. Pour se renforcer, les « talibans nigérians » n’ont plus qu’à récupérer les armes abandonnées dans les casernes et à piller l’argent dans les banques.

Nigeria, 13 juillet 2014. Abubakar Shekau chef de la secte islamiste Boko Haram 
Nigeria, 13 juillet 2014. Abubakar Shekau chef de la secte islamiste Boko Haram  (AFP PHOTO / BOKO HARAM)
Le 5 janvier 2015 Boko Haram prenait le contrôle de la base militaire de Baga dans le nord-est du Nigéria, sur les bords du lac Tchad. Depuis un an, les troupes nigérianes ne cessent de  reculer, elles fuient les combats dès l’arrivée des miliciens de la secte islamiste. Ce scénario s’est encore répété début septembre à Bama, les soldats nigérians s’étaient alors réfugiés au Cameroun voisin. Leurs témoignages étaient accablants : armes et munitions insuffisantes, problèmes de logistique et démotivation généralisée. Les 15.000 soldats nigérians déployés dans le nord du pays, mal armés et mal commandés n’opposent qu’une faible résistance aux islamistes.

Prise de la base militaire de Baga dans le nord-est du Nigéria
Prise de la base militaire de Baga dans le nord-est du Nigéria (AFP)

Une armée corrompue et démoralisée
La moitié du budget militaire destiné à la lutte contre la secte islamiste est détournée avant d’arriver sur le terrain affirme le Chatham house report sur boko haram. Corruption et détournements se retrouvent à tous les étages du pouvoir civil et de l’armée. Cet argent va en partie financer la campagne électorale qui doit permettre la réélection du président Good Luck Jonathan en février prochain. A bonne école et imitant timidement leurs supérieurs, les officiers et soldats de base n’hésitent pas à vendre armes et uniformes. Un «marché» prospère dans l’Etat de Borno.

l'armée enrôle de force les villageois
 Partageant parfois les même pratiques que leurs ennemis, l’armée nigériane enrôle de force des villageois dans des forces supplétives, qui à la moindre attaque, disparaissent dans la nature. Contrairement à certaines affirmations Boko Haram n’aurait que peu de liens avec les groupes terroristes de la région (Aqmi ou Mujao). Selon le chercheur du CEPED Antoine Pérouse de Montclos, la secte islamiste reste avant tout un mouvement local qui n’a pas besoin des armes libyennes en circulation dans la région. Il lui suffit de récupérer les armes abandonnées dans les casernes.

Boko Haram n’a pas non plus besoin des financements qataris ou saoudiens, elle pille l’argent déposé dans les banques de la région. Les rançons payées par le gouvernement français pour libérer ses ressortissants enlevés dans le nord du Cameroun, contribuent à ce trésor de guerre. Ce puissant racket permet de recruter les milliers de jeunes désœuvrés fuyant la sécheresse de cette région sahélienne, pour rejoindre les rives plus fertiles du lac Tchad.  

Lycéennes enlevées en avril 2014 par Boko Haram
Lycéennes enlevées en avril 2014 par Boko Haram (AFP PHOTO / BOKO HARAM )

racket et braquages
Boko Haram s’est considérablement renforcé ces dernières années. De secte mystique fondée en 2002 par le prédicateur radical Mohamed Yusuf. Le mouvement fondamentaliste est devenu une véritable rébellion, composée de 8000 hommes et dotée d’armements lourds. ( voir photo). Fin août, Abubakar Shekau le chef du mouvement, a soigné sa communication en annonçant l’instauration d’un califat, qui appliquerait strictement la charia dans l’Etat Borno.

L’enlèvement en avril de plusieurs centaines de lycéennes dont on est toujours sans nouvelles à également fortement amplifié sa notoriété. De son coté le président nigérian Goodluck Jonathan semble plus préoccupé par sa réélection que par ce conflit qu’il tente d’instrumentaliser. Boko Haram est devenu un puissant repoussoir qui permet de souder la population catholique du sud derrière les autorités du pays.