Nigeria : l'Etat de Rivers, point noir des élections

Les incidents dans l’Etat de Rivers focalisent l’attention après le scrutin présidentiel et législatif du 28 mars 2015.

Un membre de la Commission électorale indépendante (Inec), au milieu des urnes, dans l\'état de Katsina le 29 mars 2015  
Un membre de la Commission électorale indépendante (Inec), au milieu des urnes, dans l'état de Katsina le 29 mars 2015   (AFP PHOTO / PIUS UTOMI EKPEI)

Les élections présidentielle et législatives du 28 mars 2015, dont la compilation des résultats a commencé, se sont globalement déroulées dans de bonnes conditions pour les observateurs nationaux et internationaux. Sauf peut-être dans l’Etat de Rivers (sud du Nigeria), producteur de pétrole, d’où est originaire l’actuelle première dame.  

Des partisans du Congrès progressiste (APC), le parti de Muhammadu Buhari – principal challenger du président sortant Goodluck Jonathan – ont manifesté le 29 mars pour demander l’organisation d’un nouveau scrutin pour cause d’irrégularités. Ils accusent la représentation locale de la Commission électorale indépendante (Inec) d’avoir manipulé le scrutin en faveur du parti au pouvoir, le Parti démocratique populaire (PDP). Attahiru Jega, la patron de l’Inec, a déclaré que si ces soupçons étaient confirmés, les mesures idoines seraient prises.

L’APC veut l’annulation du vote dans l’Etat de Rivers
La section locale de l’APC a également demandé la suspension du représentant de la commission électorale dans la région. Des milliers de femmes ont de nouveau réclamé le 30 mars l’annulation du vote. Elles ont été dispersées par la police à coup de gaz lacrymogènes.
 
Les Nigérians et la communauté internationale craignent que ne se reproduisent les évènements de 2011. Des heurts avaient éclaté dans le nord du pays après l’annonce de la défaite de Muhammadu Buhari, dont cette région est le fief, faisant au moins un millier de morts.

En 2015, plus que jamais, le Nord (à majorité musulman) estime que c’est à son tour de diriger le pays. Depuis l’avènement de la démocratie en 1999, le «zoning» – règle de partage du pouvoir tous les huit ans entre le Nord et le Sud édictée par le PDP – n’a pu être respecté. Sur seize ans, le PDP a gouverné treize ans.

Des couacs techniques et la menace Boko Haram…
Les élections générales ont été surtout largement perturbées par des problèmes techniques. Dans certaines régions du pays, le scrutin a été prorogé de 24h. Goodluck Jonathan, candidat à sa propre succession, a expérimenté ce que des responsables de sa formation politique du PDP, ont qualifié de «grande gêne».

Le président nigérian n’a pu être identifié par le système de lecture biométrique, mis en place pour la première fois cette année. Après trente minutes d’attente et deux essais infructueux, Goodluck Jonathan et son épouse se sont inscrits de façon manuelle. Selon le responsable de l’Inec, Attahiru Jega, quelque 150.000 cartes (soit 300 bureaux de vote) sur l’ensemble du territoire ont enregistré le même dysfonctionnement.

Outre les problèmes techniques, le rendez-vous électoral a été émaillé de violences dans le nord du Nigeria. Le groupe terroriste Boko Haram, à qui l’on doit le report de six semaines des élections, est soupçonné d’être à l’origine de plusieurs attentats. Une vingtaine de personnes ont été décapitées dans la nuit du 27 au 28 mars dans l’Etat de Borno. Quelques heures plus tard, les islamistes tuaient au moins 7 personnes dans les Etats de Yobe et de Gombe et attaquaient des bureaux de vote dans l’Etat de Bauchi. Leurs positions ont été bombardées par l’armée nigériane.

Samedi 28 mars 2015. Des femmes attendent de voter à Daura (Etat de Katsina) pour les élections générales. 
Samedi 28 mars 2015. Des femmes attendent de voter à Daura (Etat de Katsina) pour les élections générales.  (PHOTO / PIUS UTOMI EKPEI)

Un processus électoral « pacifique » et « démocratique »

Cependant, pour l’ONG Transition Monitoring Group (TMG), les Nigérians ont eu «une opportunité credible d’exercer leur droit de de vote». De même, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et l’Union africaine (UA) estiment que le scrutin s’est déroulé dans des conditions «acceptables» et «pacifiques». Le déroulement des opérations de vote répond de façon «satisfaisante» aux principes «continentaux et régionaux» d’une élection démocratique, précise l’organisation panafricaine.

Ban Ki-Moon, le secrétaire général des Nations Unies, a indiqué pour sa part le 29 mars que le processus éléctoral a été «largement pacifique» et «condamné les attaques qui auraient été perpétrées par Boko Haram et d'autres pour tenter de perturber le vote». Il a également exhorté les Nigérians «à continuer de maintenir une atmosphère calme et à faire preuve de patience (…) à l'annonce des résultats définitifs».

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry et son homologue britannique Philip Hammond ont reconnu le 30 mars, rapporte l’AFP, qu'il n'y a pas «eu pour le moment de manipulation systématique du processus» électoral. Mais ils craignent, eux, «des interférences politiques délibérées» dans l’agglomération des votes. La commission électorale a immédiatement réagi en affirmant que ces craintes étaient «sans fondement». L’Inec a par ailleurs indiqué que les résultats devraient être connus le 31 mars.

L’APC de Muhammadu Buhari a déjà exprimé son inquiétude quant au retard pris dans la publication des résultats du Sud-Est et du Sud-Sud (le Sud serait plutôt favorable au président sortant) en soulignant que ce sont des régions où le système d'identification biométrique n'a pas fonctionné. Par conséquent, les inscriptions ont été faites manuellement, une modalité qui se prête «plus facilement», selon la formation politique, au bourrage des urnes.  

Pour remporter la présidentielle dès le premier tour, un candidat doit réunir la majorité des votes sur l’ensemble du territoire et rassembler au moins 25% des suffrages exprimés dans les deux tiers des 36 Etats et la capitale, Lagos.