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Nigeria: il y a 50 ans, le Biafra faisait sécession

Il y a 50 ans, le 30 mai 1967, le lieutenant-colonel Odumegwu Ojukwu proclamait l'indépendance du Biafra, région du sud-est du Nigeria, entraînant le pays dans une guerre civile. Retour sur ce pan sanglant de l'histoire du Nigeria, qui commémore cet anniversaire dans un climat tendu par un renouveau sécessionniste.
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France Télévisions Rédaction Afrique
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Un homme brandit le drapeau du Biafra en signe de revendication, devant le siège de l'Union européenne, à Bruxelles. (WIKTOR DABKOWSKI / DPA)

Lors de son indépendance, en 1960, le Nigeria conserve ses frontières. Le pays doit alors composer avec les 250 ethnies qu'il abrite. Mais des conflits entre certaines de ces populations déstabilisent le pays et provoquent deux coups d'Etat successifs. Le pouvoir militaire des Haoussas, première ethnie nigériane, prend la tête du pays.

La région de l'Est, majoritairement peuplés d'Igbos, qui représentent 18% de la population totale, refuse de reconnaître l'autorité du pouvoir en place. Les tensions montent entre Haoussas musulmans et Igbos chrétiens. Situés dans le sud-est du pays, les Igbos décrètent le 26 mai 1967, via le conseil consultatif de la région de l'Est, sa sécession du Nigeria.

Quatre jours plus tard, le lieutenant-colonel Ojukwu – un Igbo – donne un nom au territoire sécessionniste : la République indépendante du Biafra, reconnue par la Tanzanie, le Gabon, la Côte d'Ivoire, la Zambie et Haïti. L'officier la dote même d'une capitale, Enugu.

Etat d'urgence et crise humanitaire
En réaction, le gouvernement fédéral militaire déclare l'état d'urgence et met en place des mesures policières. Mesures qui se muent rapidement en répression sanglante. C'est le début de la guerre civile. A son apogée, pas moins de 250.000 hommes sont envoyés par Lagos au front pour combattre les indépendantistes.

Mai 1968 est un tournant dans le conflit. Après la chute d'Onitsha et de Port Harcourt, le Biafra perd l'accès à l'océan Atlantique. Le pouvoir en place impose alors un blocus drastique à l'encontre des indépendantistes.

Coincés entre les deux armées, les Biafrais font face à une grande famine, alors que l'aide étrangère peine à venir. Le conflit s'internationalise. La Grande-Bretagne et l'URSS soutiennent les autorités fédérales. Tandis que la France du général de Gaulle aide le Biafra. On soupçonne le Nigeria de génocide alors qu'un avion de la Croix-Rouge a été attaqué par un chasseur nigérian, à l'encontre du droit international. Cette crise humanitaire sans précédent va être à l'origine de l'ONG Médecins sans frontières, créée en 1971.

Les enfants biafrais ont été les premières victimes de la famine, causée par le blocus du pouvoir nigérian à partir de mai 1968. Ici, des bébés sont nourris dans un hôpital de Libreville, au Gabon, le 15 mars 1969. (AFP)

Un million d'Igbos trouvent la mort et trois millions de réfugiés fuient le pays. Après plusieurs mois de siège, le pouvoir central lance l'attaque finale en décembre 1969 contre les sécessionnistes. Le 12 janvier 1970, le lieutenant-colonel Ojukwu s'enfuit en Côte d'Ivoire et laisse son Premier ministre, Philip Effiong, signer le cessez-le-feu, immédiat et sans condition. Trois jours plus tard, le Biafra fait son retour officiel dans le Nigeria.

Enjeu économique sous-jacent
Cette lutte politique et ethnique et la médiatisation de la crise humanitaire a passé sous silence un enjeu économique indéniable. Le Biafra possède 80% du pétrole nigérian. 

Depuis le retour de la démocratie au Nigeria, en 1999, le Mouvement pour l'actualisation de l'Etat du Biafra (Massob) rêve de sécession. Les indépendantistes réalisent des actions de désobéissance civile via les symboles du Biafra – drapeaux, monnaie, passeports – auprès notamment de la diaspora biafraise. Les Igbos se sentent aujourd'hui encore lésés par le gouvernement, en termes d'infrastructures, de santé ou encore d'éducation...

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