En Afrique, les serpents tuent toujours autant, faute de sérum bon marché

Le Nigeria s’en émeut, le Kenya aussi, et même l’OMS s’en mêle, inscrivant les morsures de serpents sur la liste des maladies tropicales négligées. En Afrique subsaharienne, 30 000 personnes meurent de morsures de serpent chaque année. L'OMS veut diviser ce nombre par deux.

Vipère du bush dans des branches au Cameroun.
Vipère du bush dans des branches au Cameroun. (MICHEL GUNTHER / BIOSPHOTO)

Chaque année, les envenimements (morsures de serpent avec injection de venin) touchent 2,7 millions de personnes dans le monde, essentiellement dans des régions tropicales et pauvres, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Entre 81 000 et 138 000 personnes en meurent et 400 000 survivants souffrent de séquelles permanentes.

En 2015, Médecins sans frontières avait déjà tiré la sonnette d’alarme. "En Afrique sub-saharienne, écrivait l’ONG, 30 000 personnes meurent de morsures de serpent chaque année et environ 8000 subissent des amputations. Le nombre de victimes risque d'augmenter à mesure que les stocks du seul sérum antivenimeux certifié sûr et efficace dans cette région seront périmés d’ici juin 2016."  Son fabriquant Sanofi a en effet arrêté sa fabrication car trop coûteux.

C’est un drame des zones rurales et pauvres, et les enfants sont parmi les plus touchés du fait de leurs jeux au ras du sol. Outre le fait qu'ils sont plus exposés aux attaques de serpents, le poison agit plus violemment sur eux à cause de leur faible masse. Le traitement d’une victime revient à 100 dollars, ce qui est inabordable pour les fermiers et les éleveurs.

Recrudescence de morsures

Curieusement, MSF a constaté une recrudescence des morsures dans la région où l’ONG intervient, à Abdurafi au nord de l’Ethiopie. "Les travailleurs saisonniers sont particulièrement vulnérables. Ils marchent souvent pieds nus dans les champs et la récolte se fait en pleine nuit. Les champs de sésame sont parmi les plus dangereux, car ils sont très hauts et très serrés, ce qui en fait une cache idéale pour les serpents", écrit MSF.

Vipère du Gabon 
Vipère du Gabon  (JEAN-FRANCOIS NOBLET / BIOSPHOTO)

En 2018, rapporte le journal nigérian Premium Times, 250 personnes sont mortes en moins de trois semaines dans les Etats de Plateau et de Gombe. Des décès survenus dans les deux centres de traitement contre les morsures. Le bilan ne tient pas compte des morts confirmés dans d’autres centres de soins. En ce début d’année, la situation est très tendue au Nigeria. "L’hôpital général de Kaltungo traite 16 cas de morsure chaque jour. La situation est plus grave encore à l’hôpital de Zamko" explique Nandul Durfa, le directeur d’Echitab, le fabricant du vaccin.

Sérum coûteux

La crainte d’une rupture de stock n’est pas veine, car la durée de vie de ces produits n’est que de trois ans et ils doivent être conservés entre 2 et 8 degrés. De plus, les sérums ne sont pas fabriqués localement. L’école de médecine tropicale de Liverpool extrait le venin des serpents qu’elle reçoit du Nigeria et l’expédie pour la fabrication des vaccins au Pays de Galles et au Costa Rica. Long et très onéreux.

En 2006, l’ancien président Olusegun Obasanjo avait lancé le projet d’une production locale, mais cela n’a jamais vu le jour. Ce serait pourtant la seule réponse efficace contre ce fléau.

Pour diviser par deux le nombre annuel de victimes, l'OMS veut améliorer toute la chaîne de prise en charge des patients. L'objectif est de rendre disponibles sur le marché 500 000 traitements antivenimeux efficaces pour l'Afrique subsaharienne par an d'ici 2024. Puis trois millions par an à l'échelle mondiale en 2030, explique l’AFP.

Pour atteindre cet objectif, il faudra produire localement. Faute de quoi les sérums resteront des produits chers, réservés à quelques chanceux. Aussi l’OMS entend restructurer toute la filière.