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Au Nigeria, Boko Haram attise les tensions religieuses depuis 2009

Le 14 avril 2014, la secte islamiste Boko Haram enlevait dans un lycée de Chibok, au nord du pays, plus de 200 jeunes filles pour «les vendre et les traiter en esclaves». Cet enlèvement s’inscrit dans une série d’actes de terreur envers la population chrétienne, mais aussi musulmane.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié
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En octobre 2012, l'attaque d'une église à Kaduna avait fait dix morts et 145 blessés. (AFP PHOTO / STRINGER)
71 morts et plus d’une centaine de blessés. C’est le bilan du dernier attentat qui a frappé le Nigeria, dans une gare routière de la banlieue d’Abuja, la capitale, le même jour que l'enlèvement des jeunes filles. Une fois de plus, l’attaque est attribuée à la secte islamique Boko Haram qui milite pour l’instauration d’une république islamique au Nigeria. 
 
Avec plus de 170 millions d’habitants, le Nigeria est le pays le plus peuplé d’Afrique de l’Ouest. Si les chrétiens vivent majoritairement au sud et les musulmans au nord, la séparation n’est pas franche, comme le souligne Gilles Yabi, chercheur indépendant et ancien directeur du projet Afrique de l’Ouest de l’organisation International Crisis Group, dans un article du Monde en avril 2014: «Il ne faut pas réduire les tensions qui existent au Nigeria à une dichotomie nord/sud avec, schématiquement, un nord qui serait musulman et un sud, chrétien. D’un côté comme de l’autre, différentes tendances cohabitent.»
 
Terrorisme religieux
Dans le nord du pays, on trouve une minorité chrétienne pour qui il est de plus en plus dangereux de pratiquer sa foi. Depuis la mort de son fondateur en 2009, Boko Haram multiplie les actes de terrorisme religieux: attaques d’églises, assassinats de chrétiens… En avril 2012, des explosions touchent deux églises chrétiennes de Kaduna et font au moins 38 morts. En février 2014, des hommes soupçonnés d’appartenir à Boko Haram tuent quinze civils dans le village d’Izghe, à majorité chrétienne, dans l’Etat de Borno. Et encore, en avril 2014, le groupe frappe à l'aveugle chrétiens et musulmans à Abuja.
 
Si la charia est en place dans douze Etats du nord du pays, son application n’est pas aussi rigoriste qu’en Arabie Saoudite. Ainsi, Marc-Antoine Pérouse de Montclos, chercheur au Ceri, spécialiste du Nigeria, précisait en avril 2013 sur France Culture que «les cas de lapidation pour adultère étaient rarissimes». Il ajoute dans un article du Monde: «D'une manière générale, l'islam nigérian n'a rien du caractère totalitaire et intrusif du wahhabisme saoudien.»
 
Depuis 1999, douze Etats du Nigeria appliquent la loi islamique. (DR)

Des zones chrétiennes plus riches
Dans la revue Think Afrika Press, l’analyste Chris Ngwododans explique que «l'émergence de Boko Haram traduit la maturation d'impulsions extrémistes ancrées de longue date dans la réalité sociale du nord du Nigeria». Aujourd'hui, les nouveaux membres du groupe islamiste ne sont pas seulement motivés par l'instauration d'une République islamique au nord, mais aussi par un fort sentiment d'abandon de l'Etat dans cette région défavorisée. 
 
C’est pourtant le pays tout entier qui est traumatisé par les violences. Les initiatives communes entre chrétiens et musulmans se multiplient d’ailleurs en faveur de la paix. Dans un reportage réalisé pour Arte et diffusé en septembre 2012, l’imam de la mosquée Jafar Adam et l’évêque de Kano, au nord, se disent prêts à s’unir pour contrer Boko Haram.
 
Bien que de fortes inégalités de croissance persistent entre le nord et le sud, le dynamisme de ce dernier lui a permis de propulser le pays au rang de «première économie du continent», grâce à l’extraction de pétrole.
 
Dans ce contexte inégalitaire, les attentats commis par Boko Haram entraînent une généralisation des conflits entre chrétiens et musulmans. En mai 2013, des violences ont éclaté alors que des membres d’une ethnie majoritairement chrétienne assistaient à des funérailles. Ils «ont traversé un quartier musulman en criant des slogans que des musulmans ont jugé provocants», ont expliqué des habitants à l’AFP, comme le rapporte un article du Nouvel Observateur.

En mai 2013, le président Goodluck Jonathan avait lancé une grande offensive militaire contre le groupe qui n'a pas eu l'effet escompté.

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