Otages au Niger : polémique après les insinuations de Marine Le Pen

La présidente du FN s'est interrogée sur les barbes et les vêtements des quatre ex-otages à leur arrivée en France, déclenchant des réactions indignées.

La présidente du Front national, Marine Le Pen, le 26 octobre 2013 à Fougères (Ille-et-Vilaine).
La présidente du Front national, Marine Le Pen, le 26 octobre 2013 à Fougères (Ille-et-Vilaine). (THOMAS BREGARDIS / AFP)

Une polémique inattendue accompagne la libération des otages du Niger. Au lendemain du retour en France des quatre Français enlevés en 2010 par Al-Qaïda au Maghreb islamique, Marine Le Pen s'est fendue d'une déclaration très remarquée concernant les barbes et chèches des otages, jeudi 31 octobre. Une sortie qui a suscité de nombreuses réactions.

Acte 1 : Marine Le Pen est "dubitative"

"Ces images m'ont laissée dubitative, je vous le dis très sincèrement." Marine Le Pen a jugé les premières images des ex-otages du Niger de retour en France "étonnantes", notamment en raison de "l'extrême réserve" et de "l'habillement étrange" des Français libérés après trois ans de captivité. Elle a cité "les deux otages qui portaient la barbe taillée d'une manière qui était assez étonnante" et "cet otage avec le chèche sur le visage".

"J'ai ressenti un malaise en voyant ces images, je pense que je n'ai pas été la seule", a affirmé la présidente du Front national, souhaitant "peut-être quelques explications de leur part". Au journaliste d'Europe 1 qui lui demandait si elle faisait allusion à une éventuelle islamisation des ex-otages, elle a répondu qu'elle n'était "pas dans l'allusion" et qu'elle n'irait "pas jusqu'à faire des théories".

EUROPE 1

Acte 2 : réactions indignées à gauche

Les insinuations de Marine Le Pen ont rapidement provoqué des réactions, notamment à gauche. La porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, a dénoncé sur Twitter l'"invraisemblable indécence" de la présidente du FN.

Eduardo Rihan Cypel, député et porte-parole du PS, s'est insurgé sur i-Télé : "Entendre madame Le Pen lancer une polémique, à la lettre, révoltante sur nos otages, nos compatriotes, qui viennent d'être libérés, c'est absolument insupportable." Selon lui, la présidente frontiste "est tellement aveuglée par la haine des musulmans qu'elle n'arrive pas à partager la joie de toute la nation après la libération des nos otages".

De son côté, le premier secrétaire du PS, Harlem Désir, a condamné dans un tweet "les déclarations honteuses et antipatriotiques" de Marine Le Pen et demandé qu'elle s'excuse "auprès des otages et leurs familles".

Acte 3 : Marine Le Pen invoque une "maladresse"

Plus tard, sur RTL, la présidente du FN est revenue sur ses propos, plaidant la "maladresse". "Manifestement, je me suis exprimée de manière maladroite, puisqu'il ne s'agissait en aucun cas dans mon esprit d'émettre la moindre critique à l'égard des otages. Donc tout à fait, évidemment, je me réjouis de la libération."

Elle s'est défendue en assurant avoir "exprimé le sentiment qu'avait été celui d'un certain nombre de journalistes (…) et d'observateurs". Car selon elle, "les images rompaient avec le cérémonial traditionnel qui est celui en général des libérations d'otages". Elle a notamment pointé un "refus de prise de parole à côté du président de la République" et un "otage avec ce chèche qui lui cachait le visage". "Mon objectif n'était pas du tout de créer une polémique, encore moins, je le répète, d'émettre une critique à leur égard", a-t-elle assuré.

Acte 4 : les familles des otages s'expliquent

Face à la polémique, Pascale Robert, la mère de l'ex-otage Pierre Legrand, s'est expliquée sur i-Télé : "Ils nous ont dit clairement que garder barbe et chèche, c'était en solidarité avec les autres otages restés là-bas. Ça leur appartient, on a trouvé ça très touchant qu'ils se sentent solidaires des autres." Puis, faisant allusion au chèche porté par son fils à la descente de l'avion, elle a rappelé que les quatre hommes "ne sont pas des personnalités médiatiques". "Être projetés comme ça devant les médias, ce n'est pas évident, ils ont besoin de se protéger. (…) Ils doivent reprendre des repères, mais ils ont plus envie de se cacher que de s'exprimer."

Interrogé à son tour sur les propos de Marine le Pen, Maurice Antiste, un proche de la famille de l'ex-otage Thierry Dol, s'est dit "écœuré". "Respectons-les (…), leur aspect extérieur n'est pas important."

Acte 5 : le FN dénonce une "instrumentalisation"

Face au tollé, le Front national a tenu à défendre officiellement son leader. Dans un communiqué publié sur son site, le parti justifie "le sentiment de malaise" évoqué par Marine Le Pen quelques heures plus tôt. Il dénonce ainsi "les images livrées en pâture d'otages encore affublés des symboles de leur détention (…) tirés devant les caméras de télévision par la manche par le ministre des Affaires étrangères".

Le FN appelle alors à "rompre avec ce qui est devenu une tradition française profondément malsaine d’instrumentalisation politique des libérations d’otages". Et estime que ce serait là "la vraie marque de respect à l’égard des otages et de leurs familles", renvoyant les détracteurs de Marine Le Pen à leurs propres arguments.

Acte 6 : Twitter ironise

Plus que les critiques des adversaires de Marine Le Pen, les réseaux sociaux ont rapidement relayé des messages plein d'ironie sur les insinuations de la présidente du FN. Ainsi Woodkid, célèbre musicien électro barbu, a interpellé la leader frontiste sur Twitter. La barbe a également inspiré d'autres utilisateurs, moins connus, de Twitter.

D'autres ont comparé l'interrogation de Marine Le Pen au scénario de Homeland, la série américaine relatant le retour d'un soldat américain soupçonnné de terrorisme, après des années passées en captivité au Proche-Orient.