Les Emirats allouent deux milliards de dollars à la Mauritanie et poussent leurs pions en Afrique

Le président mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, en visite officielle aux Emirats arabes unis, a jeté les bases d’une étroite coopération entre les deux pays.

Le président mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani (au premier plan à droite) félicité par une délégation des pays du Golfe, lors de son investiture le 1er août 2019.
Le président mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani (au premier plan à droite) félicité par une délégation des pays du Golfe, lors de son investiture le 1er août 2019. (SEYLLOU / AFP)

Les Emirats arabes unis ont annoncé le 2 février 2020 "la mise à disposition de deux milliards de dollars pour financer des projets d'investissement et de développement, ainsi qu'un prêt à taux réduit pour la Mauritanie", a indiqué l’agence officielle émiratie WAM. Cette importante somme représente près de la moitié du Produit intérieur brut (PIB) mauritanien, estimé à 5,2 milliards de dollars (4,7 millions d'euros) en 2018.

Ces investissements serviront à des projets économiques, mines, pétrole et gaz… mais également à renforcer les moyens de l’armée mauritanienne.

Contre les jihadistes et les Printemps arabes

En décembre 2019, les cinq Etats membres du G5-Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad) avaient appelé la communauté internationale à les soutenir pour endiguer le péril jihadiste qui frappe de plus en plus violemment leurs pays. La France, alliée stratégique des Emirats, dont "elle assure en partie la défense",  a sans doute appuyé cette demande et sollicité ses amis émiratis pour le combat anti-jihadiste au Sahel.

Abou Dhabi mène une diplomatie focalisée sur la lutte contre les mouvements extrémistes, appuyant généralement des chefs militaires aux discours anti-islamistes, comme Abdel Fatah al-Sissi en Egypte ou le maréchal Haftar en Libye.

Du point de vue des Emirats, les Printemps arabes, que ce soit en Egypte, en Syrie ou en Libye, ont été "un échec". Ils n’ont fait que déstabiliser les pays arabes sans apporter de réelle avancée à leur population. D’où une diplomatie qui consiste à soutenir les régimes forts et le statu quo.

Ces deux milliards sont également "un renvoi d'ascenseur", puisque la Mauritanie fait partie de la coalition armée conduite par l'Arabie saoudite et les Emirats intervenant depuis 2015 au Yémen contre les rebelles Houthis (soutenus par l’Iran). Déjà très occupée au Sahel, la Mauritanie n'a toutefois engagé aucune troupe au Yémen.

Les Emirats en Afrique : un acteur jusque-là discret

Selon les experts, les Emirats cherchent aussi à étendre leur présence en Afrique, où ils disposent notamment de bases militaires à Djibouti et en Erythrée. Le 30 janvier, le ministère mauritanien de la Défense a toutefois démenti des informations selon lesquelles son pays accueillerait une base militaire émiratie.

Cette diplomatie du carnet de chèque obtient quelques résultats. Les Emirats du Golfe ont promis à l’Ethiopie d’investir trois milliards de dollars dans son développement. En échange, les Ethiopiens ont calmé le jeu avec leur voisin, l’Erythrée (qui accueille une base militaire émiratie), avec qui la guerre durait depuis vingt ans, et signé une paix historique.

Abou Dhabi multiplie également les investissements en Afrique de l’Ouest, notamment dans les pays pétroliers comme l’Angola (deux milliards de dollars), au Mozambique, à Madagascar et aujourd'hui en Mauritanie.

Selon Marc Lavergne, spécialiste du Moyen-Orient, la conquête économique des Emirats s’est accentuée depuis 2008, dans la perspective de "l’après pétrole". Le réservoir de matières premières que représente l’Afrique ouvre aussi aux Emirats des opportunités pour les années à venir, des garanties de retours sur investissements.

En Egypte, les Emirats ont investi 14 milliards de dollars dans l’économie du pays (notamment une aide à l'achat d'avions Rafale). Le gaz, l’immobilier et l’armée sont devenus les bénéficiaires des "largesses" émiraties en Egypte. Au Soudan, les Emirats et l’Arabie saoudite ont également promis une aide de trois milliards de dollars.