VIDEO. Les zones d'ombre de l'assassinat des deux journalistes au Mali

Au-delà de l'émotion, plusieurs questions demeurent sur les causes et les circonstances de la mort des journalistes de RFI, Ghislaine Dupont et Claude Verlon.

CLAUDE SEMPERE / FRANCE 2

Les deux journalistes français de RFI enlevés et tués samedi 2 novembre au Mali ont "été assassinés froidement" par balles, a annoncé dimanche le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius. Ghislaine Dupont et Claude Verlon ont été enlevés "par un petit commando" devant le domicile d'un responsable touareg qu'ils venaient d'interviewer, a ajouté le ministre.

De nombreuses questions demeurent sur les causes et les circonstances de l'assassinat de ces deux journalistes aguerris. Ils ont été enlevés en plein jour et retrouvés morts moins de deux heures plus tard par une patrouille française, à une douzaine de kilomètres à l'est de Kidal, au Nord du Mali.

La main d'Aqmi ?

Selon le témoignage d'Ambéry Ag Rhissa, le représentant du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA, rébellion touareg) interviewé par les journalistes, les agresseurs parlaient tamachek, la langue des Touareg. Kidal, situé à plus de 1 500 km au nord-est de Bamako, est le berceau de la communauté touareg et du MNLA.

Mais les regards se tournent aussi vers Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), organisation terroriste très présente dans la région. Enfin Pierre Boiley, directeur du centre d’études des mondes africains au CNRS, évoque aussi à francetv info la piste du Mujao (Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest) et celle d’Ansar Dine, un groupe islamiste qui entretient des liens avec Aqmi.

Un litige sur la rançon ?

Dimanche, la presse française évoquait aussi l'hypothèse d'un différend financier entre groupes armés autour de la rançon qui aurait été versée (20 millions d'euros selon certaines sources) pour obtenir la libération des quatre otages français.

"Est-ce que la répartition des rançons versées a été équitable ? Il n'est pas impossible que certains au sein d'Aqmi se soient sentis grugés", a déclaré à l'AFP l'ethnologue André Bourgeot, spécialiste des mouvements touaregs dans la région.

La panique des ravisseurs ?

Autre hypothèse avancée, les journalistes enlevés auraient pu être exécutés alors que les ravisseurs tentaient d'échapper à leurs poursuivants.

Selon le porte-parole de l'état-major français, le colonel Gilles Jaron, les forces françaises basées à l'aéroport de Kidal, alertées de l'enlèvement, ont envoyé une patrouille et deux hélicoptères. Mais arrivés sur place, ils ont découvert les corps des deux journalistes sans avoir vu ou affronté les meurtriers.

Des militaires français patrouillent à Kidal au Mali, le 27 juillet 2013.
Des militaires français patrouillent à Kidal au Mali, le 27 juillet 2013. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)