Madagascar : ce qu'il faut savoir sur le projet d'assassinat du président Rajoelina qui monopolise la vie politique

Deux Français seraient impliqués dans cette affaire, selon les autorités malgaches. 

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Sur cette photo prise le 26 juin 2021, le président malgache Andry Rajoelina inspecte les troupes lors des célébrations de la fête de l'indépendance au stade Barea, à Antananarivo, la capitale malgache. (RIJASOLO / AFP)

Le projet d'assassinat du président malgache Andry Rajoelina a été révélé le 21 juillet 2021 par les autorités malgaches. Six personnes, dont deux Français qui sont d'anciens officiers, ont été arrêtées la veille dans le cadre d'une "enquête pour atteinte à la sûreté de l'Etat" pour avoir "échafaudé un plan d'élimination et de neutralisation de diverses personnalités malgaches dont le chef de l'Etat", a indiqué la procureure générale Berthine Razafiarivony. Selon le ministre de la Sécurité publique, Fanomezantsoa Rodellys Randrianarison, ce sont "un étranger, deux binationaux et trois Malgaches". Il a également précisé que "la police avait des renseignements sur cette affaire depuis plusieurs mois". Depuis, les auditions se multiplient. 

Deux ressortissants français en garde à vue

"Les projecteurs sont braqués sur le Franco-Malgache (Paul R.), présumé cerveau du projet d’attentat qu’il a lui-même nommé Apollo 21", peut-on lire dans les colonnes du quotidien malgache Midi Madagasikara. Paul R. connaît bien le président Rajoelina, dont il a été un conseiller diplomatique jusqu'en 2011. Il se présente sur internet comme un conseiller de l'archevêché d'Antananarivo, qui a pris ses distances, affirmant ne pas être "responsable de personnes utilisant son nom". Né en 1963, Paul R. était capitaine lorsqu'il a quitté la gendarmerie en 1994, selon une source de la gendarmerie française. Une vidéo de la perquisition de son domicile, diffusée le 23 juillet sur la chaîne nationale malgache, montrait la découverte de plus de 930 000 euros et d'un fusil à pompe, considérés comme des preuves à charge. 

"Un autre Français, Philippe F., a également été interpellé à l’aéroport international d’Ivato le même jour" que le Franco-Malgache, indique Midi Madagasikara. Selon le fichier malgache des entreprises, Philippe F. dirige une société d'investissement et de conseil pour les investisseurs internationaux dans la Grande Ile. Cet ancien colonel de l'armée française s'y serait installé début 2020, selon plusieurs sources. 

Le ministère français des Affaires étrangères a confirmé à l'AFP avoir été "informé" de leur arrestation, mais n'a pas souhaité en dire davantage. Les épouses des deux ressortissants français ont été également placées en garde à vue. 

Une myriade de personnes impliquées

L’artiste malgache Sareraka, Yvon Randriazanakolona à l'état civil, a aussi été arrêté le 27 juillet et son domicile a fait l'objet d'une perquisition au terme de laquelle son ordinateur et ses téléphones ont été notamment saisis, rapporte Midi Madagasikara. Le journal souligne qu'il est "un proche collaborateur du président Andry Rajoelina" qui "travaille auprès de la présidence de la République en tant que chargé de mission".

De même, toujours selon le quotidien malgache, le général Richard Ravalomanana, secrétaire d'Etat chargé de la gendarmerie et bras droit du président malgache, a affirmé que "11 gendarmes en service étaient auditionnés dans le cadre de cette affaire". L'officier a aussi indiqué que "mis à part les militaires et les gendarmes, des politiciens, des opérateurs économiques et des simples citoyens sont également cités" dans ce dossier. Dans un article publié le 29 juillet, Midi Madagasikara annonce que "les enquêteurs vont, semble-t-il, auditionner" un "religieux" qui "aurait été cité pas moins de quinze fois" par Paul R. 

Madagascar Oil sollicitée 

Benchmark Group, l'actionnaire majoritaire de la compagnie d'extraction pétrolière Madagascar Oil, a affirmé le 26 juillet 2021 avoir reçu un courriel demandant un financement pour contribuer à un coup d'Etat pour déloger le président Andry Rajoelina. "Benchmark Group a confirmé" le 24 juillet avoir "reçu un email du citoyen franco-malgache Paul R. sollicitant un financement à hauteur de 10 millions d'euros à des fins de déstabilisation politique", a déclaré l'un de ses porte-parole, sans autre précision. L'entreprise a affirmé son "plein soutien" à l'Etat malgache et condamné "fortement toute action visant à porter atteinte à la sûreté d'un Etat démocratiquement élu"

Une énième crise politique 

Madagascar, qui a connu depuis 20 ans plusieurs graves crises politiques, est quasi verrouillée depuis la pandémie de Covid-19. En 2009, le président Marc Ravalomanana, lâché par l'armée, avait été contraint de transférer les pleins pouvoirs à un directoire militaire, qui les a remis à Andry Rajoelina. La communauté internationale avait dénoncé un "coup d'Etat". Après de nombreux autres épisodes, la justice validait en janvier 2019 la victoire d'Andry Rajoelina à la présidentielle. Le chef de l'Etat malgache s'est assuré la mainmise sur l'ensemble des leviers politiques en décembre, en remportant une victoire aux élections sénatoriales, boudées par l'opposition. Fin juin 2021, une tentative d'assassinat du général Richard Ravalomanana avait déjà été annoncée.

L'opposition a condamné "toute tentative d'assassinat, que ce soit contre les dirigeants ou contre quiconque", a réagi Rivo Rakotovao, ancien président par interim du pays, interrogé par l'AFP. Mais "il ne faut pas profiter de cette situation pour mettre à mal la démocratie à Madagascar", a-t-il aussitôt mis en garde, alors que le président fait l'objet de critiques concernant notamment la liberté de la presse. Pressions, intimidations et menaces se sont multipliées ces derniers mois contre les journalistes, notamment autour de la pandémie et de la famine actuelle dans le Sud, a dénoncé Reporters sans frontières.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Madagascar

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.