Les questions bêtes que vous n'osez pas poser sur Madagascar

Après quatre ans de pagaille, les Malgaches ont enfin voté, vendredi, pour le premier tour de l'élection présidentielle.

Une Malgache montre son pouce teinté après avoir voté au premier tour de l\'élection présidentielle, le vendredi 25 octobre 2013 à Antananarivo.
Une Malgache montre son pouce teinté après avoir voté au premier tour de l'élection présidentielle, le vendredi 25 octobre 2013 à Antananarivo. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Madagascar vient tout juste de voter. Après un coup d'Etat en 2009 et des années de louvoyages, l'île choisit (enfin) son chef de l'Etat en votant pour le premier tour de l'élection présidentielle, vendredi 25 octobre. Francetv info répond aux questions que vous n'osez peut-être pas poser.

C'est où déjà Madagascar ? En Afrique ?

Vous avez un globe ou un atlas à portée de main ? Posez le doigt sur la France, descendez le long des côtes africaines, franchissez l'Equateur au Gabon et contournez le cap de Bonne Espérance. Ça y est, vous y êtes.

Vue d'ici, l'île ne paraît pas bien imposante. Pourtant, c'est l'une des plus grandes du monde : elle fait pratiquement la même superficie que la France. Elle s'étire sur 1 600 km du nord au sud et abrite 22 millions d'habitants. Le climat est tropical et humide dans l'est, aride dans le sud et tempéré sur les hauts plateaux où se trouve la capitale, Antananarivo.

Si les Malgaches tiennent à leur identité d'insulaires, l'île fait bien partie de l'Afrique. Madagascar est cependant influencée par des pays asiatiques. Les premiers habitants seraient d'ailleurs venus d'Indonésie.

Dans le métro, j'ai vu des photos de plages de sable blanc, ça donne envie. C'est bien la vie à Madagascar ?

Derrière les palmiers et les parfums d'ylang-ylang, la vie est très dure. Neuf habitants sur dix vivent sous le seuil de pauvreté.  Madagascar est en 8e position des pays où le pouvoir d'achat est le plus faible. En juillet, une responsable de la Banque mondiale a lâché sur RFI que l'île était désormais "le pays le plus pauvre du monde".

Les difficultés économiques de Madagascar ne sont pas nouvelles. Mais une grave crise politique a rendu la situation plus précaire encore, comme l'explique encore RFI. La croissance s'est arrêtée, l'industrie a disparu et les sanctions internationales ont achevé de tuer l'économie. L'élection présidentielle permettra-t-elle aux Malgaches de sortir de la misère ? Eux n'ont pas trop l'air d'y croire, à écouter ce reportage de RFI. Du coup, la campagne n'a guère suscité d'enthousiasme.

Pfff… Vous nous parlez d'élections qui n'intéressent même pas les habitants du pays. En quoi pourraient-elles bien m'intéresser, moi ?

Si cette élection présidentielle ne suscite pas la ferveur des Malgaches, c'est que depuis plusieurs années, la classe politique s'est complètement discréditée. A Madagascar, politique rime souvent avec violences. Quand Marc Ravalomanana remporte la présidentielle en 2002, il doit aller ôter le pouvoir des mains de Didier Ratsiraka par les armes.

En 2009 encore, le pouvoir a changé de camp dans la violence. Le maire d'Antananarivo, Andry Rajoelina, renverse avec le soutien de militaires le président Ravalomanana, qui s'adjuge de plus en plus de pouvoirs. La Grande Île a plongé dans une pagaille institutionnelle et la Communauté des pays d'Afrique australe a dû engager des négociations interminables.

Cette élection attendue depuis quatre ans est donc une délivrance, une occasion précieuse pour le pays de se redresser.

Qui va gagner cette élection présidentielle ? L'un des anciens dirigeants ?

Comme le dit L'Express, "nul analyste sérieux ne se hasarderait à prédire le verdict des urnes". Trente-trois candidats se présentent. Parmi eux, ni Andry Rajoelina, ni l'épouse de Marc Ravalomanana (exilée en Afrique du Sud), Lalao Ravalomanana, n'ont été autorisés à participer par la Cour suprême qui, dans un sursaut d'orgueil, a ainsi permis au scrutin de se tenir avec l'aval de la communauté internationale.

Mais ces ténors de la politique malgache n'ont pas dit leur dernier mot. Rajoelina et Ravalomanana ont chacun leur dauphin, respectivement Hery Rajaonarimampianina et Jean-Louis Robinson, qui ont été ministres des deux anciens dirigeants. Et tous deux pourraient nommer Premier ministre leur parrain.

Attendez une seconde, pourquoi diable les noms malgaches sont-ils si longs ?

Slate Afrique répond en détail à cette question. Autrefois, chacun donnait un prénom à son enfant, et pas de nom de famille. On apprend du linguiste Narivelo Rajaonarimanana que "le nom malgache n'est pas une étiquette. C'est un souhait, un destin, une parole qui contredit un mauvais destin, un souvenir du jour de naissance, une combinaison de noms de parents ou d'ancêtres". Ils peuvent raconter une histoire, comme pour le prince Andriantsimitoviaminandriandehibe, "le noble qui n'a pas d'équivalent parmi les nobles". Enfin, toutes les lettres ou syllabes ne se prononcent pas forcément. Par exemple, Rajoelina se dit "radzouel".

Madagascar est une ancienne colonie française, je crois, et j'entends souvent parler de "Françafrique". Est-ce que la France va encore chercher à manipuler des élections ? 

Notre pays a une histoire peu reluisante à Madagascar. Après la seconde guerre mondiale, les habitants ont tenté d'obtenir l'indépendance par les armes. La répression a été terrible : 89 000 Malgaches ont été tués.

Aujourd'hui, la communauté française à Madagascar est la plus importante de l'hémisphère sud, avec 25 000 personnes. La France est aussi le premier pays d'exportation. Avant l'élection, Paris a fait pression pour que les trois ténors de la politique malgache soient écartés du scrutin, explique France 24.

L'analyste Ketakandriana Rafitoson, interrogé par l'AFP, estime que ce seraient plutôt des opérateurs économiques qui "tirent les ficelles" de l'élection en finançant des candidats. "Il y a beaucoup de soupçons envers des Français, Chinois et 'karana' [terme pour désigner les Indo-Pakistanais à Madagascar] qui sont toujours présents quel que soit le scrutin", dit-il. Le politologue Jean Eric Rakotoarisoa ajoute qu'"on suppose que des compagnies minières financent certains candidats. L'un des enjeux – et certains candidats l'ont déjà évoqué  c'est la demande de renégociation des contrats miniers". Des candidats n'ont d'ailleurs pas fait mystère de "cadeaux" venus de l'étranger.

Bon, c'est terrible tout ça, mais est-ce que cette élection va compromettre mes vacances là-bas ?

Il faut avoir une "vigilance renforcée", mais le pays n'est pas déconseillé par le quai d'Orsay. Tenez-vous quand même au courant de l'évolution de la situation dans les semaines à venir (le 20 décembre doit se tenir l'éventuel second tour) en consultant les "Conseils aux voyageurs" du ministère des Affaires étrangères. Il prévient d'ailleurs que "rassemblements et manifestations sont à prévoir, des risques de débordements ne sont pas exclus". Vous pouvez recevoir des messages d'alerte en vous inscrivant au dispositif Ariane.

J'ai eu la flemme de lire le papier jusqu'au bout et j'ai scrollé vers le bas. Vous me faites une version courte ?

Madagascar est l'un des pays les plus pauvres du monde. Depuis quatre ans, la vie économique de l'île est paralysée par une crise politique. Deux anciens dirigeants malgaches à l'origine de cette crise n'ont pas été autorisés à participer à l'élection présidentielle, dont le premier tour a eu lieu vendredi 25 octobre. Mais ils ont des poulains et pourraient revenir aux affaires. Ce scrutin est indispensable pour que le pays se redresse.

Le format de cet article est très largement inspiré du travail d'un blogueur américain du Washington Post.