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L’Afrique face au terrorisme: faut-il rétablir la peine de mort?

La tentation est grande dans les pays confrontés au terrorisme. Certains pays ont déjà repris les exécutions abandonnées depuis de longues années. Des voix s’élèvent en Afrique pour réclamer la mise à mort des terroristes et de leurs complices qui déciment des populations innocentes. Faut-il rétablir la peine de mort? Géopolis a posé la question à Drissa Traoré, vice-président de la FIDH.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Un peloton d'exécution à Mogadiscio en Somalie le 17 août 2013. Le supplicié a été accusé d'être combattant du groupe islamiste al-Qaïda et reconnu coupable d'assassinat. (Photo AFP Mohamed Abdiwahab)

Qu'en pensez-vous?
Vous savez, la tentation est toujours grande lorsque des questions comme le terrorisme se posent pour les populations et particulièrement pour les dirigeants qui veulent donner un signal. Et ce signal fort va généralement à l’encontre des droits de l’Homme.

Aujourd’hui la peine de mort si elle est rétablie dans certains Etats ne va pas nécessairement empêcher le terrorisme. Parce que vous savez, les terroristes veulent se sacrifier eux-mêmes. Donc menacer quelqu’un qui va à la mort pour aller au paradis, ça ne peut pas atteindre le résultat escompté. La tentation est grande, mais nous pensons que c’est une piste qu’il ne faut pas du tout emprunter.
 
Même le Sénégal, considéré comme un Etat de droit, n’a pas été épargné alors que la peine de mort a été abolie depuis plus de 10 ans. Un député a soulevé la question au Parlement il y a quelques jours. Peut-on dire que le mouvement abolitionniste s’estompe en Afrique?
Le gouvernement du Sénégal a été très clair. Il n’y aura pas de retour en arrière. Ce courant revient de façon cyclique lorsqu’il y a des crimes qui sont perpétrés. Aujourd’hui, je pense que les peuples d’Afrique commencent à comprendre que la peine capitale n’est pas la solution, que les personnes peuvent s’amender. Et qu’il peut y avoir des erreurs judiciaires.

A une certaine époque, en Côte d’Ivoire par exemple, le fait de naître comme le dixième enfant constituait un crime. Donc le dixième enfant était exécuté. Or, le dixième enfant n’avait pas demandé à naître. Plus tard, les populations ont fini par comprendre que le dixième enfant, qui parfois échappait à l’exécution et était remis à d’autres familles, devenait la personne qui réussissait le mieux dans la vie. Vous comprenez que ces châtiments ne sont pas toujours des solutions aux problèmes. Ce sont des considérations parfois culturelles dont les gens ne peuvent même pas vous expliquer le sens et les origines. Les populations finissent donc par comprendre.

Je pense que le mouvement en cours vers l’abolition de la peine de mort est un mouvement sur lequel il ne faut pas revenir pour quelque considération que ce soit. 
Drissa Traoré, vice-président de la FIDH (Fédération internationales des ligues des droits de l'Homme) (Photo/FIDH)

Que faire des terroristes qui ravagent la région du lac Tchad? Que faire de Boko Haram qui massacre femmes et enfants au Nigeria?
Quand on parle de peine de mort, c’est parce que le gouvernement n’arrive pas à protéger les populations. Face au terrorisme, face à Boko Haram, les Etats africains n’ont pas pu répondre à l’agression. Et donc aujourd’hui malheureusement on veut trouver un palliatif. Mais ce n’est pas la solution.

Plutôt que de penser à la peine de mort, il faut penser à des solutions pour éviter que des jeunes ne soient des proies faciles pour le terrorisme. On veut aller contre les effets, sans chercher à trouver des solutions aux causes. Il y a  beaucoup de jeunes qui se laissent embrigader par ces groupes terroristes parce que tout simplement l’Etat a failli. Parce qu’il n’arrive pas à trouver des emplois à ces jeunes. Et si la peine de mort est rétablie, ce ne serait pas une solution parce que ces personnes qui sont embrigadées dans ces groupes-là sont des fous de Dieu. Ce sont des personnes pour qui la mort elle-même ne pose pas de problèmes. En vérité, rétablir la peine de mort ne sera pas la solution. Elle n’a jamais été une solution pour la grande criminalité.
 
La peine capitale a toujours existé dans les communautés africaines précoloniales. Elle était utilisée pour des crimes graves comme la sorcellerie et les homicides. Avec des méthodes d’exécution incluant la décapitation, l’empalement, l’empoisonnement et même l’enterrement vivant. Qu’est-ce qui a changé aujourd’hui?
Aucune méthode d’application de la peine de mort ne peut être considérée comme humaine. Chaque fois qu’on va ôter la vie, même si ce n’est pas une décision de justice, elle ne peut pas être humaine.

N’oublions pas que lorsque la personne est condamnée à mort, elle vit une période de souffrance terrible en attendant le jour de l’application de la peine. Sa famille, qui non seulement n’est plus en contact avec elle, continue de vivre dans la psychose de l’application de cette peine. Et donc il n’y a pas de méthode qui puisse être considérée comme douce pour la peine de mort. Le fait d’ôter la vie ne peut pas être considéré, quelle que soit la méthode utilisée, comme douce.

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