La bombe démographique menace toujours une grande partie de l'Afrique

Le doublement annoncé de la population africaine en 2050 met le continent devant de redoutables défis. 15 à 20 millions de jeunes sont attendus chaque année sur le marché du travail. Peu scolarisés, nombre d'entre eux risquent d’aller grossir les rangs de groupes mafieux ou djihadistes. «Non l’Afrique n’est pas si bien partie» affirme un rapport parlementaire qui tempère l'afro-optimisme en vogue.

Les écoles du Niger manquent d\'instituteurs bien formés.
Les écoles du Niger manquent d'instituteurs bien formés. (Pascale Deloche/Godong/photononstop)

«L’Afrique subsaharienne francophone et notamment sahélienne souffre de maux structurels qui hypothèquent son avenir... Sa démographie est une bombe à retardement.» «La politique africaine de la France est dans l’impasse», affirme un rapport sur la stabilité et le développement de l’Afrique francophone dont la publication a été reportée. «On ne peut se satisfaire d’interventions militaires coûteuses, qui réagissent aux crises, mais qui n’agissent en rien sur leurs véritables causes», écrit Philippe Baumel, rapporteur de la commission des Affaires étrangères. Des crises comme au Mali, en Centrafrique ou en Côte d’Ivoire appelées à se répéter en raison d’une explosion démographique, qui exacerbe les conflits. «L’Afrique devra gérer une croissance démographique de plus d’un milliard d’habitants supplémentaires d’ici au milieu du siècle. Il y aura à la fois des classes moyennes qui émergent et s’en sortent, mais en même temps de plus en plus de pauvres», précise le rapport.
 
Plus de pauvres malgré une croissance économique dynamique
L’Afrique subsaharienne ne représente aujourd’hui que 1,3% du PIB mondial pour 15% de la population. Un grand écart qui ne devrait pas se réduire quand 23% de la population mondiale sera africaine en 2050. «Contrairement à ce qui était attendu, nombre de pays africains dans la zone francophone n’ont pas réellement amorcé leur transition démographique

La baisse importante de la mortalité infantile due aux progrès sanitaires ne se traduit pas par une diminution de la fécondité. La question est particulièrement aiguë dans la région sahélienne avec une fécondité de 6,5 enfants en moyenne par femme au Mali, 7,1 au Tchad (recensement de juin 2009) et 7,20 au Niger. «Les enquêtes sociales sur le désir d’enfant ne laissent pas augurer d’une diminution rapide des taux de fécondité dans ces pays.» En conséquence, le Niger compte 700.000 personnes en plus chaque année, 500. 000 pour le Mali.

Des chiffres encore appelés à augmenter. Le marché du travail, aura donc bien du mal à absorber cette population nouvelle. «Aujourd’hui, 90% des 15-25 ans se retrouvent soit au chômage soit dans le secteur informel, c’est-à-dire sans emplois décents.» La scolarisation des enfants n’arrive pas non plus à suivre cette flambée démographique. Comment créer 1000 écoles et former 10.000 instituteurs chaque année au Niger sans une aide internationale massive? Il en est de même pour le Mali ou le Tchad.

Indice de fécondité moyenne (2005-2010): illustration tirée du rapport de la Commission des affaires étrangères.
Indice de fécondité moyenne (2005-2010): illustration tirée du rapport de la Commission des affaires étrangères. (rapport de l'Assemblée Nationale)

Le niveau d’éducation est aujourd’hui très faible : les statistiques du Pnud indiquent que la scolarité que peut espérer un enfant nigérien est de 5,4 ans, 7 ans au Mali. Dans les villages éloignés, les enfants sont scolarisés dans des écoles coraniques «de plus en plus influencées par les mouvements salafistes ou wahhabites au détriment de l’islam traditionnel africain», s’inquiète le rapport.
 
Les villes en Afrique ne vident pas les campagnes
Pourtant, cette croissance démographique est considérée dans un premier temps comme une chance : synonyme de jeunesse, de dynamisme, d’urbanisation accélérée. Les téléphones portables se généralisent, les exportations augmentent, les investissements étrangers affluent... Mais cette ce décollage économique reste fragile et ne parvient que rarement à réduire la pauvreté. Avec une économie peu diversifiée toujours essentiellement agricole et minière. Avec des terres peu productives, une pluviométrie capricieuse, des conflits croissants pour la terre, pour l’eau ou entre agriculteurs et pasteurs.

L’agriculture aura du mal à booster suffisamment sa production pour faire face au doublement annoncé des villes, mais aussi des campagnes. «Car si les villes vont exploser en raison d’un exode rural massif, les campagnes ne vont pas se vider, bien au contraire. Un paradoxe africain qu’aucun autre continent n’a connu à ce jour.» «La Chine, en raison de sa politique de l’enfant unique voit même sa population commencer à baisser. Et l’Inde est sur une trajectoire démographique nettement plus modérée.» L'émergence de la Chine s'explique par une longue croissance économique proche de 10%, mais aussi par une une politique volontariste de réduction de la natalité.

Sans transition démographique, sans politique réfléchie en matière de planning familial, sans une aide massive au développement, l’Afrique de l’ouest et centrale aura bien du mal à sortir de la trappe à pauvreté dans laquelle elle est enfermée.