Des Kenyans accusent le train à grande vitesse de les avoir laissés à quai

La nouvelle voie ferrée du Standard Gauge Railway ne dessert plus certaines petites villes comme Kiu. Les habitants se sentent abandonnés.

La réalisation du plus grand projet d’infrastructure entrepris par le Kenya depuis l’indépendance a créé de nombreuses polémiques : coût exorbitant, dégradation de l’environnement, corruption… Aujourd'hui, si ses défenseurs mettent en avant les avantages du train à grande vitesse Standard Gauge Railway (gains de temps, augmentation du fret et retombées économiques), des petites villes se plaignent d'avoir été oubliées.

Le journaliste Duncan Miriri et le photographe Baz Ratner de Reuters ont fait le voyage.

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La gare de Kiu, à 2h de route de Nairobi, la capitale du Kenya, a fermé en 2012. Aujourd'hui, à 500 mètres de là, se déploie la nouvelle voie ferrée du Standard Gauge Railway (SGR). Cette ligne de chemin de fer est l’un des projets de Vision 2030, un plan de développement industriel et économique adopté par Nairobi en 2009 pour transformer le pays. Le gouvernement espère grâce à ce moyen de transport engendrer d’énormes retombées économiques.    BAZ RATNER/ REUTERS
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Son coût, évalué à plus de trois milliards de dollars, fait partie du "One Belt, One Road'', une série de projets d'infrastructures pour améliorer les routes commerciales terrestres et maritimes entre la Chine, l'Europe, l'Asie et l'Afrique.    BAZ RATNER/ REUTERS
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Financé à 90% par la Chine, via la Banque Exim, le SGR a été confié à la China Road and Bridge Corporation. Il est le plus grand projet d’infrastructure post-indépendance du Kenya, reliant Nairobi à Mombasa sur 472 kilomètres. Le premier tronçon a été inauguré en 2017.    BAZ RATNER/ REUTERS
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Mais ces nouveaux trains à grande vitesse ne s'arrêtent pas à Kiu et les 6 000 habitants de la ville se sentent désormais abandonnés. Se rendre au travail ou à l'hôpital par la route est plus long et plus coûteux. Les résidents doivent payer environ 5 dollars pour aller à Nairobi en moto ou en minibus, cinq fois le prix de l'ancien train. Et les taxis uniquement destinés aux urgences coûtent près de 100 dollars, soit près d'un mois de salaire pour un ouvrier.    BAZ RATNER/ REUTERS
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"Ce nouveau chemin de fer est réservé aux riches. Nous n'en bénéficions pas", a déclaré à Reuters Thomas Mutevu, soudeur à Kiu. Avant, il se rendait à son travail à Nairobi en train. Maintenant, comme d'autres habitants, il ne rentre plus que le week-end chez lui.     BAZ RATNER/ REUTERS
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Certains commerçants, comme Emily Katembua, qui doivent se déplacer pour acheter et vendre leurs produits, sont également mécontents de cette situation. Sans l'ancienne voie ferrée, une autre vendeuse de légumes explique qu'elle a du mal du mal à se rendre chez un médecin, car l'hôpital le plus proche se trouve à 24 kilomètres et la route n'est pas pavée.     BAZ RATNER/ REUTERS
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Le nouveau chemin de fer a réduit de moitié les temps de trajet pour les passagers et les marchandises voyageant entre la capitale Nairobi et la ville portuaire de Mombasa. Mais il ne fonctionne qu'une  fois par jour et réalise six arrêts en 4h, alors que l'ancien train fonctionnait deux fois par jour et marquait 46 arrêts.        BAZ RATNER/ REUTERS
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Pour autant, la compagnie d'Etat Kenya Railways a déclaré que la nouvelle ligne avait stimulé les déplacements locaux. Le nombre de passagers a bondi à 1,765 million au cours de l'année 2019, contre 1,239 millions en 2018. Les personnes qui voyageaient autrefois par la route ou les airs ont adopté le rail.    BAZ RATNER/ REUTERS
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Si le fret a atteint 5 millions de tonnes l'année dernière, certaines entreprises se plaignent d'être contraintes d'utiliser la nouvelle ligne. Et ce, même si elle permet de décongestionner l’axe routier entre Mombasa et Nairobi.           BAZ RATNER/ REUTERS
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L'ancienne voie ferrée surnommée "Lunatic Express" (l'Express fou à lier) fut construite dans les années 1890 par des ouvriers indiens et africains, alors que le pays était sous domination britannique. Elle a coûté la vie à des milliers de travailleurs et des sommes astronomiques aux contribuables britanniques. Pour lui donner une seconde vie, Mohammed Hersi, président de la Kenya Tourism Federation, un lobby du secteur privé, a déclaré vouloir "faire circuler un train à vapeur (qui) serait très original."    BAZ RATNER/ REUTERS