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Pourquoi les shebabs somaliens ont attaqué le Kenya

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Des soldats des forces spéciales kenyanes arrivent à proximité du centre commercial de Westgate, à Nairobi, pris d'assaut par des terroristes shebabs somaliens, samedi 21 septembre 2013.  (SIMON MAINA / AFP)

Un centre commercial de Nairobi a été pris d'assaut par des combattants islamistes somaliens. L'attaque a fait au moins 59 morts. L'analyse de l'islamologue Mathieu Guidère.

Une attaque terroriste a eu lieu au Kenya samedi 21 septembre dans un centre commercial de luxe de Nairobi, la capitale. Au moins 59 personnes sont mortes, alors que l'assaut des forces de sécurité est toujours en cours dimanche 22 septembre pour déloger les shebabs somaliens, qui ont revendiqué l'attaque. L’islamologue Mathieu Guidère éclaire pour Francetv info les raisons de cet affrontement.

Francetv info : Pourquoi des somaliens viennent ils mener une action terroriste en plein centre de la capitale du Kenya ?

Mathieu Guidère : Ces somaliens sont des shebabs. Ils appartiennent à une insurrection islamiste qui a commencé il y a plus de vingt ans. Ils sont apparus alors que l’État somalien était en pleine faillite, et ils n’ont pas eu grand mal à conquérir la quasi totalité du pays. Pendant deux ans, entre 2005 et 2007, ils ont même mis en œuvre les principes de la charia islamique en Somalie. La communauté internationale a commencé à réagir il y a un an, en mandatant le Kenya dans le cadre de la force africaine de l’UA (Union Africaine) et de la AMISOM (Mission Africaine en Somalie) de l’ONU.

Sous l’égide du conseil de sécurité, le Kenya est donc le leader de cette mission d’intervention par la force, avec pas moins de 4000 hommes. De fait, à présent, il a repris le sud de la Somalie, et même tout dernièrement une ville clé du centre qui était un fief des shebabs. Ces derniers avaient d’ailleurs fait savoir que cela ne resterait pas sans conséquences.

D’où vient l’extrême violence à laquelle on assiste dans le centre commercial de Nairobi ?

Depuis cinq ans, les actions terroristes sont quotidiennes, un peu partout dans les pays de la région où les shebabs exportent leurs opérations. Ce qui était au départ une insurrection islamiste est devenu une entreprise terroriste à grande échelle. Il y a un an, cette organisation s’est placée sous la coupe d’Al Qaïda. C’est désormais un ensemble très structuré qui a pris le nom de « tribunal islamique » pendant un temps, avant d’être chassé d’une partie du pays par les troupes kenyanes.

La violence observée à Nairobi est du même type que celle des attentats de Bombay en novembre 2008, quand il y avait eu près de 200 morts, tués par un groupe d’une dizaine d’assaillants islamistes venus du Pakistan. À n’en pas douter, cette opération est le modèle suivi par ceux qui sont à Nairobi. Nous sommes face à de très sombres perspectives. C’est d’ores et déjà un bain de sang, ce peut être pire encore.

Pourquoi un tel pessimisme ?

Parce que les circonstances politiques sont explosives. Dans toute cette affaire, le Kenya n’est pas exempt d’arrière-pensées. Même si elle est placée sous mandat international, son intervention peut aussi viser à prendre des positions sur une partie du territoire somalien. L’accès à la mer est crucial. De plus, il faut savoir que la haine entre somaliens et kenyans est particulièrement vivace. Un tiers de la population du Kenya est de confession musulmane, en proie à l'oppression.

Ce pays est au bord du chaos. La crise économique y est intense et son Président, Uhuru Kenyatta, joue la carte de l’offensive face à la Somalie pour tenter de détourner les esprits de ce qui se passe chez lui. Les circonstances font aussi qu'il a maintenant un intérêt directement personnel dans ce dossier. Il a des proches qui ont été tués par les shebabs dans le centre commercial. Le mélange de tous ces éléments est particulièrement alarmant.

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