Guinée : la fièvre de Marburg est "une maladie sévère" pour laquelle "toutes les précautions doivent être prises", alerte l'OMS

Un patient infecté par le virus de Marburg, le premier cas en Guinée, en est mort. Entretien avec le Pr Georges Alfred Ki-Zerbo, le représentant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans ce pays.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Virus de la fièvre de Marburg vu en coupe. L'agent pathogène de la fièvre hémorragique a été documenté, pour la première fois, en 1967 dans des laboratoires à Marbourg et Francfort en Allemagne, et à Belgrade en Yougoslavie. (ROGER HARRIS/SCIENCE PHOTO LIBRA / RHR)

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la maladie à virus de Marburg est transmise à l’homme "par les chauves-souris frugivores et se propage dans l’espèce humaine par contact direct avec les fluides corporels des personnes infectées, ou avec les surfaces et les matériaux". Elle démarre "de façon soudaine, avec une forte fièvre, des céphalées (maux de tête, NDLR) intenses et un éventuel malaise". Les taux de létalité de la fièvre ont varié jusqu'ici "de 24% à 88% lors des épidémies précédentes", précise l'agence onusienne. La préfecture de Guéckédou, dans le sud de la Guinée, est la région où se sont déclarées les précédentes épidémies d'une autre fièvre hémorragique, la maladie à virus Ebola, la plus récente, comme celle qui a sévi entre 2014 et 2016 en Afrique de l’Ouest. Entretien avec le Pr Georges Alfred Ki-Zerbo, le représentant de l’OMS en Guinée. 

franceinfo Afrique : quelle est la situation sanitaire aujourd’hui eu égard à la découverte de ce premier cas de fièvre de Marburg en Guinée, mais aussi en Afrique de l’Ouest ?

Georges Alfred Ki-Zerbo : Les autoritaires sanitaires de la Guinée ont notifié un cas confirmé de la maladie à virus de Marburg le 9 août 2021. C’est le premier en Afrique de l’Ouest. Il y a eu d’autres épidémies dans d’autres régions, en Afrique centrale dans des pays comme la République démocratique du Congo et l’Angola, ou encore en Afrique australe, en particulier en Afrique du Sud. A partir de la confirmation locale du cas, une investigation a été lancée sur le terrain pour pouvoir identifier tous les contacts connus de ce cas et les mettre sous surveillance, ainsi que la mise en place des actions de prévention comme la protection dans les centres de santé et la logistique pour pouvoir contenir rapidement cette émergence. Nous étions dans les 90 jours de surveillance active, après l’interruption de la maladie à virus Ebola dont on a déclaré la fin de la deuxième épidémie le 19 juin. Cela montre que la veille sanitaire a fonctionné puisque c’est durant cette période que ce cas a été détecté et rapidement confirmé en Guinée et à l’institut Pasteur de Dakar, au Sénégal, et que toutes les activités de riposte sont en train d’être préparées actuellement.

Le patient était soigné dans une clinique dans la localité de Koundou à Guéckédou, selon les informations déjà fournies. Disposez-vous d'autres informations sur ce patient ?

C’est un homme de 46 ans qui a consulté pour des symptômes qui se sont aggravés. Il est malheureusement décédé il y a quelques jours. Mais les prélèvements avaient déjà été faits. Cela a permis de détecter la maladie à virus de Marburg. Cependant, étant donné que c’était une première, les autorités sanitaires ont tenu à reconfirmer, d’abord à Conakry (la capitale de la Guinée) dans un laboratoire spécialisé dans les fièvres hémorragiques, et au centre d’excellence OMS qui est l’Institut Pasteur de Dakar. L’investigation va permettre de déterminer tout l’itinéraire thérapeutique du patient. Ce sont des informations qui seront très utiles pour en savoir plus sur sa contamination et son exposition. Nous avons un cas confirmé, sa famille a été rencontrée et 155 contacts ont été déjà identifiés au 9 août. Pendant 21 jours, ces personnes sont sous surveillance, au cas où elles développeraient des signes de la maladie. Ce qui n’est pas encore le cas.

Quels sont les symptômes de la fièvre de Marburg et se soigne-t-elle facilement ?

Les symptômes sont en général une fièvre comme le nom de la maladie l’indique, un malaise général, des douleurs notamment articulaires, des troubles digestifs, des douleurs abdominales, des vomissements, des risques de déshydratation et, dans la phase avancée et plus sévère, ce sont des syndromes hémorragiques. Tous ces symptômes devront être traités au cas où ils se présenteraient chez les personnes sous surveillance. Il n’y pas de traitement approuvé pour la maladie à virus de Marburg et pas de vaccin actuellement efficace. Cependant, ses symptômes sont traités. Les capacités sont en train d’être mises en place au niveau de Guéckédou, chef-lieu de préfecture où il existe un centre de traitement pour les maladies épidémiques.

C’est une maladie sévère où le pronostic vital est engagé à partir du moment où la personne est malade. Néanmoins, les méthodes de prise en charge de ces maladies sont en train de s’améliorer. Il y a des soins intensifs qui ont été mis en place pour toutes ces fièvres hémorragiques virales, avec la réhydratation, les transfusions et tous les autres moyens de support vital qui peuvent permettre de réduire la mortalité. Toutefois, elle reste une maladie virulente pour laquelle toutes les précautions doivent être prises. Il faut vraiment mettre l’accent sur la prévention, y compris dans les services de santé parce que les soignants sont exposés.

Quels sont les risques que la maladie s’exporte dans les pays voisins ?

La ville est proche des frontières de la Sierra Leone et du Liberia. Dans nos pays et sous-régions, il y a une circulation du fait des liens culturels et économiques. La directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique a alerté sur cette menace pour qu’elle soit prise au sérieux, non seulement au niveau national, mais aussi dans une optique sous-régionale.  

La Guinée est-elle armée pour circonscrire une éventuelle épidémie ?

Oui, la Guinée s’est dotée d’un dispositif robuste depuis l’épidémie de maladie à virus Ebola de 2014 à 2016. Il a encore été renforcé cette année avec sa résurgence. La sensibilité du dispositif de surveillance, les équipes de réponse rapide, les capacités de diagnostic, la prévention et le contrôle des infections dans la communauté et dans les formations sanitaires ainsi que l’engagement communautaire se sont encore renforcés. Par exemple, les équipes de socio-anthropologues et de communicateurs sur les risques sont déjà à pied d’œuvre. Il y a un travail qui est fait pour que les communautés comprennent cette nouvelle menace. Tout ce dispositif là aide la Guinée à mieux réagir face aux menaces actuelles. Il faut saluer la proactivité et la diligence des autorités guinéennes pour cette détection, la préparation et la riposte en cours.  

Cette nouvelle alerte intervient en pleine pandémie. Qu’est-ce que cela change ?

Le dispositif de prise en charge du Covid-19 est en place en Guinée. La vaccination a commencé. Les mesures de prévention sont promues. C’est une mutualisation des capacités qui s'opère. Nous l’avons déjà fait pour la riposte à Ebola et nous avons obtenu des résultats très positifs. Le plus important est de mutualiser tous les efforts et de renforcer les partenariats.

Une personne atteinte de la fièvre de Marburg peut-elle penser qu’elle a le Covid-19 ?

Il y a beaucoup de symptômes au début des maladies qui se ressemblent. Le message à faire passer est le suivant : tout malaise, toute fièvre, tout syndrome d’allure grippale doit amener, surtout dans des zones vulnérables ou exposées, à une consultation rapide et à un diagnostic sûr.        

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