Le président tanzanien veut limiter la chasse dans une grande réserve de faune, tout en y construisant un barrage

Ce barrage, situé dans une réserve classée au Patrimoine mondial, est critiqué par l'Unesco et des organisations de défense de l'environnement.

Deux lionceaux dans la réserve de Selous en Tanzanie. Le 9 août 2016.
Deux lionceaux dans la réserve de Selous en Tanzanie. Le 9 août 2016. (AFP -JAMES HAGER / ROBERT HARDING PREMIUM)

Le président tanzanien John Magufuli a annoncé le 26 juillet 2019 qu'il allait limiter la chasse aux trophées (le chasseur exhibe l'animal tué en se faisant notamment photographier aux côtés de la dépouille) dans la "réserve de gibier" de Selous, classée au Patrimoine mondial de l'Unesco. Une déclaration faite le jour où il posait la première pierre d'un ouvrage hydraulique sur le même site. 

Cette réserve de faune de 50 000 km² située dans le sud de la Tanzanie est l'une des plus grandes zones protégées d'Afrique. "Eléphants, rhinocéros noirs, guépards, girafes, hippopotames et crocodiles vivent en très grand nombre dans cet immense sanctuaire (...) demeuré à peu près à l'abri de l'homme", fait valoir le site de l'organisation onusienne. Pour autant, 92% de sa superficie sont actuellement ouverts à la chasse, le reste étant réservé aux safaris photographiques.

John Magufuli a ordonné que la partie du territoire intégralement protégée soit portée à 50%. "Des touristes viennent tuer nos lions, mais nous ne bénéficions pas beaucoup de ces activités de chasse au trophée", a déclaré le président tanzanien. "Une plus grande partie de la réserve doit devenir un parc national où la chasse n'est pas autorisée", a-t-il ajouté.

Barrage controversé

John Magufuli a fait cette annonce alors qu'il inaugurait, à l'intérieur de la réserve de Selous, les travaux de construction d'un projet hydroélectrique controversé dans les gorges de Stiegler. Histoire sans doute de désamorcer les critiques... Le montant des travaux, menés par la société publique égyptienne Arab Contractors, s'élèverait à 4 milliards de dollars, soit 3,6 milliards d'euros, selon le site de la Deutsche Welle. Pour autant, une étude indépendante affirme que le budget initial pourrait doubler, voire tripler...

Selon le président tanzanien, cité par La Tribune, "ce projet est très important pour l'industrialisation de la Tanzanie, car il devrait permettre de fournir en abondance de l'électricité bon marché". Actuellement, seuls 10% de la population (53,5 millions d'habitants en 2016) ont accès au réseau électrique et les prix de cette énergie sont élevés, rappelle le quotidien britannique The Independent. L'ouvrage "devrait générer à terme quelque 2115 mégawatts d'électricité renforçant ainsi la capacité actuelle, estimée à 1560 mégawatts", précise La Tribune. Ce chantier marque le "début de la libération économique" du pays, va jusqu'à affirmer John Magufuli. 

L'infrastructure n'amputera que 3% du territoire de la réserve, assure le président tanzanien. Elle n'en est pas moins vivement critiquée par l'Unesco et par des organisations de défense de la nature comme le WWF. Le tourisme est la première source de revenus de la Tanzanie, grâce aux safaris photographiques, au Mont Kilimandjaro et aux plages de l'océan Indien, notamment à Zanzibar. En 2018, le secteur a rapporté 2,43 milliards de dollars.