Quand le coronavirus permet à l'Egypte de déployer son "soft power"

Les autorités égyptiennes ont notamment adressé par avion cargo aux Etats-Unis des caisses de matériel médical. Lesquelles étaient estampillées de la mention "Du peuple égyptien au peuple américain".

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France Télévisions
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Le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi (au centre), porte un masque lors d'une visite sur une base aérienne militaire à l'est du Caire le 7 avril 2020. (AFP / EGYPTIAN PRESIDENCY)

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a envoyé plusieurs tonnes d'aide médicale aux Etats-Unis, à la Grande-Bretagne, à la Chine, à l'Italie et au Soudan, déployant un "soft power" inédit. Toutefois, d'après des experts, ce genre d'initiatives ne bénéficie pas du soutien de l'opinion du pays. Lequel, avec ses 100 millions d'habitants, vient de franchir la barre des 10 000 contaminations alors que la maladie a tué près de 600 personnes, selon les chiffres officiels.

Pour faire connaître son initiative, la présidence égyptienne a largement diffusé une vidéo visant à montrer son aide à ses alliés dans la lutte contre le nouveau coronavirus.

"Propension à la communication et à la rhétorique" 

"La diplomatie de la santé a été une des stratégies pour les Etats du Sud en quête d'un rôle important sur la scène internationale", explique à l'AFP Gerasimos Tsourapas, spécialiste en sciences politiques à l'université de Birmingham. Dans une surprenante inversion des rôles, l'Egypte, qui reçoit annuellement 1,3 milliards de dollars d'aide américaine (surtout militaire), a en effet envoyé un avion contenant quatre tonnes d'aide médicale en avril aux Etats-Unis. Le représentant démocrate Dutch Ruppersberger, à la tête d'un groupe d'amitié entre les deux pays, a fait état notamment de 200 000 masques, 48 000 couvre-chaussures et 20 000 bonnets chirurgicaux. 

"Voilà pourquoi la diplomatie internationale et le maintien des relations avec des alliés comme l'Egypte sont essentiels, pas seulement en temps de crise mais tous les jours", a écrit le parlementaire sur Twitter.

L'initiative va dans le sens de liens établis ces dernières années par le président Sissi avec son homologue américain Donald Trump, ou encore chinois Xi Jinping. Yezid Sayigh, spécialiste des pays arabes au Carnegie Middle East Center de Beyrouth, voit dans cette affaire "une propension particulière à la communication et à la rhétorique" de la part du gouvernement du président Sissi. Mais "ce genre d'activité n'aura pas d'effet durable sur la perception du gouvernement égyptien à l'étranger", a expliqué l'analyste à l'AFP. Ce qui pourrait impressionner serait "une gestion réussie du Covid-19 et une remise sur pied de l'économie", a-t-il ajouté.

Barrage

Parallèlement, selon les analystes consultés par l'AFP, la dernière offensive diplomatique égyptienne peut s'expliquer par le fait que l'Egypte a besoin de soutien dans l'affaire du barrage construit par l'Ethiopie sur le Nil. Après neuf années de négociations, aucun accord n'est en vue entre Le Caire, qui craint que l'ouvrage de 145 mètres de haut ne restreigne son accès à l'eau, et Addis Abeba, qui aspire au développement. 

Addis-Abeba a fait appel à des compagnies italiennes et chinoises. Tandis que Le Caire s'est tournée vers l'administration de Donald Trump pour parrainer les négociations entre les trois pays concernés: Egypte, Soudan, Ethiopie. 

Volée de critiques

Outre la volonté de montrer ses capacités d'aide internationale, l'initiative du président Sissi est aussi destinée à gagner l'estime de son propre peuple, selon Yezid Sayigh. Or l'opération n'a pas été forcément bien perçue...

En mars, la ministre égyptienne de la Santé Hala Zayed n'avait pas hésité à se rendre à Pékin pour témoigner de la "solidarité" de l'Egypte avec la Chine, où est apparue l'épidémie en décembre 2019. Par la suite, en avril, elle s'était aussi rendue en Italie, épicentre européen du Covid-19, remettant au ministre italien des Affaires étrangères Luigi di Maio des masques et des gants. 

Mme Zayed avait alors essuyé une volée de critiques sur les réseaux sociaux de la part d'internautes égyptiens qui déploraient des pénuries de matériel médical dans leur pays. Les habitants déplorent un "manque d'investissement dans la santé publique, entre autres lacunes de l'administration actuelle", explique Reem Adou El-Fadl, spécialiste des sciences politiques à l'Ecole des études orientales et africaine de l'université de Londres.

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