Mohammed Morsi, président de "tous les Egyptiens"

La commission électorale égyptienne a annoncé, dimanche, sa victoire face à l'ancien Premier ministre d'Hosni Moubarak, Ahmad Chafiq.

Un supporter du candidat des Frères musulmans Mohammed Morsi vend des images de son favori, place tahrir, au Caire, le 23 juin 2012.
Un supporter du candidat des Frères musulmans Mohammed Morsi vend des images de son favori, place tahrir, au Caire, le 23 juin 2012. (MARWAN NAAMANI / AFP)

La place Tahrir exulte. Mohammed Morsi, candidat des Frères musulmans, a remporté la présidentielle égyptienne au terme d'un scrutin controversé, face à Ahmad Chafiq, l'ancien Premier ministre d'Hosni Moubarak. 

Selon la commission électorale égyptienne, Morsi a obtenu 13 230 131 de voix contre 12 347 380 pour son rival Chafiq, a déclaré le président de la commission électorale, Farouk Soltan. Le taux de participation au second tour s'est élevé à 51%. La participation lors du premier tour, les 23 et 24 mai, avait été de 46%.

Mohammed Morsi doit entamer, dès ce lundi 25 juin, la formation d'un gouvernement civil.

• Qui est Mohammed Morsi ?

Le candidat des Frères musulmans, ingénieur de 60 ans, diplômé d'une université américaine, est devenu dimanche le premier dirigeant islamiste du pays le plus peuplé du monde arabe. Il est une figure importante du mouvement islamiste égyptien, mais fait figure de roue de secours pour les Frères. Pendant la campagne, il a cherché à gommer son image d'apparatchik islamiste pour se poser en champion du changement et du rassemblement au-delà de sa confrérie.

Promesses de préserver les acquis de la révolution, de garantir les droits de la minorité chrétienne et de ne pas forcer les femmes à porter le voile : Mohammed Morsi a multiplié les assurances pour séduire au-delà des islamistes. Dans une récente allocution il avait promis de travailler "main dans la main avec les Egyptiens pour un avenir meilleur, pour la liberté, la démocratie et la paix". Et après l'annonce de son élection, il s'est encore engagé à être le président de "tous les Egyptiens sans exception", prônant "l'unité nationale (...), seul moyen de sortir de ces temps difficiles".

France 2 - Elsa Mondin-Gava

Au sein du mouvement, il a présidé le groupe parlementaire des Frères musulmans, mais "a toujours peiné à inspirer le respect de ses pairs", rapporte Slate Afrique.

Il a été arrêté en 2006 et a passé quelques mois en prison, comme des dizaines d’autres Frères, pour leur soutien au mouvement de protestation des juges contre les fraudes qui ont terni les élections de 2005.

• Quel pouvoir aura-t-il ?

Le Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui assure l'intérim depuis la chute de Moubarak, a considérablement amoindri les pouvoirs du président. Après la dissolution de l'Assemblée, l'armée dispose du pouvoir législatif, en attendant l'élection d'une nouvelle chambre. Les militaires maîtrisent aussi les finances publiques. Et l'armée a la haute main sur la composition du comité chargé de rédiger la nouvelle Constitution. Elle disposera d'un droit de veto sur ce texte. 

Sur le plan sécuritaire, l'armée a retrouvé le droit d'arrêter des civils, une mesure vivement dénoncée par des organisations de défense des droits civiques, qui l'assimilent à une forme de "loi martiale". Plusieurs analystes estiment que cette mesure et la dissolution de la chambre des députés lui permettent de rester maîtresse du jeu, malgré l'arrivée au pouvoir des Frères musulmans.

• Qui sont les Frères musulmans ?

L'organisation islamiste est la plus ancienne et la plus puissante d'Egypte et a été le principal mouvement d'opposition à Hosni Moubarak pendant le printemps arabe. Ils sont aussi le mouvement islamiste le plus influent du monde arabe. Discrets au commencement de la révolution égyptienne, les islamistes de la confrérie ont haussé la voix à la fin de la révolution.

Le Parti de la liberté et de la justice (PLJ), leur vitrine politique, est arrivé en tête des législatives en décembre 2011. Il a même frôlé la majorité absolue en remportant 235 sièges de députés sur 498 (environ 47%). Mais la chambre des députés a été officiellement dissoute samedi 16 juin, en application d'un arrêt de la Cour constitutionnelle selon lequel un vice juridique dans la loi électorale rendait sa composition "illégale".

EVN

• Pourquoi les résultats arrivent-ils si tard ?

Le nom du président aurait dû être annoncé le 21 juin, mais la commission avait demandé plus de temps pour examiner les multiples recours présentés par les deux candidats. Depuis, les annonces contradictoires se sont succédées sur la date de la proclamation officielle des résultats, suscitant des doutes sur l'issue du scrutin.

Avant de donner le nom du vainqueur, le président de la commission électorale a détaillé un nombre important d'anomalies relevées dans des dizaines de bureaux de votes. Electeurs décédés, bulletins non officiels, fausses adresses... La commission a annoncé avoir trié et décompté les voix douteuses et justifie ainsi le retard de l'annonce.

• Quelle attitude avec ses voisins ?

Le nouveau président a promis, dimanche, de respecter les traités internationaux signés par son pays. Parmi eux figurent les accords de paix avec Israël de 1979, alors que les Frères musulmans égyptiens avaient par le passé déclaré qu'ils pourraient revoir les accords de paix avec l'Etat hébreu, sans toutefois les rejeter dans leur principe. Israël a de son côté a rendu hommage, dimanche, au "processus démocratique" qui a permis à Morsi d'accéder à la présidence, et déclaré souhaiter poursuivre sa coopération avec Le Caire.

Par ailleurs, Morsi a prôné un renforcement des relations entre l'Iran et l'Egypte, rompues depuis plus de trente ans, dans un entretien à l'agence iranienne Fars. Selon lui, le renforcement des relations entre l'Iran et l'Egypte "créera un équilibre stratégique régional et fait partie de mon programme". Téhéran avait rompu ses relations diplomatiques avec Le Caire en 1980, après la révolution islamique, pour protester contre la conclusion de l'accord de paix entre l'Egypte et Israël.