Exposition Toutankhamon à Paris : "On ne verra plus jamais ces objets en France"

L'égyptologue Florence Quentin explique, vendredi sur franceinfo, que parmi les objets de Toutankhamon exposés à La Grande Halle de la Villette à Paris certains ne sont jamais sortis d'Egypte.

La statue du Dieu Amon prêtée par le musée du Louvre accueille les visiteurs à l\'entrée de l\'exposition Exposition Toutânkhamon, le trésor du pharaon du 23 mars ou 15 septembre 2019, à la Grande Halle de La Villette à Paris.
La statue du Dieu Amon prêtée par le musée du Louvre accueille les visiteurs à l'entrée de l'exposition Exposition Toutânkhamon, le trésor du pharaon du 23 mars ou 15 septembre 2019, à la Grande Halle de La Villette à Paris. (ANNE CHÉPEAU / FRANCEINFO)

Les objets de Toutankhamon sont exposés à partir de samedi 23 mars à La Grande Halle de la Villette à Paris. Près de 150 000 billets ont été prévendus pour cette exposition exceptionnelle du pharaon égyptien, qui fascine toujours autant le grand public. Florence Quentin, diplômée d’égyptologie, auteure de Dans l’intimité de Toutankhamon aux éditions First, était l'invitée de franceinfo, vendredi.

franceinfo : Faut-il préciser que les visiteurs ne verront pas la momie de Toutankhamon ?

Elle est très fragile et elle est dans sa "demeure d'éternité", c'est comme cela qu'on appelle la tombe en Égypte. C'est la seule momie royale qui est in situ et on ne la déplacera plus jamais, heureusement. Elle est très fragile. Parmi les 150 objets, 60 d'entre eux n'ont jamais quitté l'Égypte. On ne verra plus jamais ces objets en France ou dans le monde puisqu'ils vont rejoindre le grand musée d'Égypte qui est en cours de construction sur le plateau de Gizeh. C'est exceptionnel de les voir.

Que voit-on exactement dans cette exposition ?

Il y a toute une partie de son mobilier. C'est très touchant. Par exemple, un petit fauteuil qui n'était pas encore un trône parce qu'il n'était pas encore monté sur un trône ce petit Toutankhamon. Son petit fauteuil extrêmement raffiné, en bois, en feuilles d'or repoussées. Il y a aussi ses bijoux qui sont les symboles de la royauté pharaonique. Une pièce exceptionnelle qui n'est jamais sortie d'Égypte : la statue gardienne sentinelle, noire et or. Noir comme le limon fécondant du Nil, la régénérescence du défunt, et doré comme l'or imputrescible qui est la chair des dieux. Cette statue gardienne de 1,90 m accueille les visiteurs dans une salle à l'entrée d'une porte. C'est vraiment très saisissant. C’est inestimable. C'est la seule tombe qu'on a trouvée intacte en Égypte ancienne avec plus de 5 000 objets.

Depuis 1922, la découverte de sa tombe, Toutankhamon a créé beaucoup de fantasmes. D'où vient cette légende autour de sa malédiction ?

L'Égypte est une grande famille à fabriquer les fantasmes. Plus on connaît des choses scientifiques sur l'Égypte, plus les fantasmes sont puissants. Déjà au Moyen Âge ou à la Renaissance il y avait un discours imaginaire fantasmatique sur l'Égypte.
Pour la petite histoire, le mécène qui avait financé les fouilles pendant des années et qui voulait rentrer dans ses fonds a donné l’exclusivité au Times [le quotidien britannique, créé en 1785]. Les autres journalistes piétinaient devant la tombe. Ils n'avaient rien à se mettre sous la dent. Autour de la tombe, il y avait un monde fou qui attendait tous les jours. Les journalistes étaient un peu jaloux. Ils ont lancé cette rumeur de la malédiction parce qu'il fallait alimenter les gazettes de l'époque. Pendant huit ans, elle a fait la une de tous les journaux.