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Egypte : qui sont les manifestants anti-Morsi ?

Au lendemain d'une mobilisation historique par son ampleur, le pays est plus que jamais divisé sur l'avenir du président. Entretien avec un politologue spécialiste de l'Egypte.

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Propos recueillis par - Fabien Magnenou
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Des opposants au président égyptien, Mohamed Morsi, durant une manifestation à Alexandrie (Egypte), dimanche 30 juin 2013. (IBRAHIM RAMADAN / ANADOLU AGENCY)

"La révolution du 30 juin", titre le quotidien égyptien indépendant Al-Masry al-Youm. S'il est trop tôt pour en connaître l'issue, le mouvement est en tout cas historique par son ampleur : plusieurs millions d'Egyptiens, selon l'armée, ont manifesté dans tout le pays pour réclamer le départ du président Mohamed Morsi, dimanche 30 juin.

Dans ce contexte explosif, au moins 16 personnes sont mortes, dont 8 dans des heurts entre partisans et adversaires du pouvoir en place. Le lendemain, lundi, le local cairote des Frères musulmans, dont émane le parti du président, a été occupé et pillé. Les protestataires ont lancé un ultimatum à Mohamed Morsi, appuyé par une pétition qui aurait rassemblé 22 millions de signatures. Si le président ne quitte pas le pouvoir d'ici à mardi, il risque une campagne nationale de désobéissance civile.

Deux ans après les événements de 2011, qui sont ces nouveaux révolutionnaires ? Réponse avec Clément Steuer, chercheur au Centre d'études et de documentation économiques, juridiques et sociales du Caire.

Francetv info : Plus d'un million de manifestants ont défilé le jour de la démission d'Hosni Moubarak, en février 2011. Cette fois, ils seraient "plusieurs millions", selon l'armée. Un chiffre réaliste ?

Clément Steuer : C’est possible, même s'il est sans doute un peu exagéré. D’importantes manifestations ont notamment eu lieu dans les villes du sud du pays, ce qui ne s'était pas vu lors des précédents rassemblements.

Qui est descendu dans la rue ?

En grande partie, il s'agit de militants et activistes de la révolution de 2011, de jeunes révolutionnaires donc. Ils constituent le noyau dur des cortèges. Rappelons que ces mouvements sont même plus anciens que 2011, puisque le Mouvement de la jeunesse du 6-Avril a été créé en 2008. On retrouve également beaucoup de manifestants issus du mouvement ouvrier, de villes comme El-Mahalla, Tanta ou Suez. 

Avec quelles revendications ?

Le mouvement Tamarrod – "rébellion" –, principal organisateur de ces manifestations, a lancé des pétitions contre le président Mohamed Morsi. Il exige son départ immédiat et une élection présidentielle anticipée, sous l'égide d'un gouvernement de transition, qui réunirait des membres de l'opposition civile et des militaires. Les organisateurs semblent plus discrets en matière de revendications économiques et sociales.

Historique par son ampleur, cette manifestation a dû fédérer de nouveaux profils…  

En effet, beaucoup de gens manifestent pour la première fois, car ils ont peur pour leur emploi ou réclament une augmentation de leurs salaires. Autre nouveauté, beaucoup de partisans de l’ancien régime – les fellouls – se mobilisent à leur tour. D’après des journalistes, beaucoup de policiers ont aussi rejoint le mouvement.

On compte enfin de nombreux anciens élus locaux, des notables plus ou moins liés à l'ancien Parti national démocratique (PND) d’Hosni Moubarak. Ils feraient participer leurs partisans, leurs employés, et leurs familles élargies. Cela peut expliquer l’importance des mobilisations dans le Sud.

N'est-ce pas paradoxal de retrouver côte à côte des révolutionnaires et des anciens partisans d'Hosni Moubarak ?

Ils ont des intérêts communs. Ils veulent empêcher les Frères musulmans de s’emparer définitivement de l’appareil d’Etat. 

Des électeurs qui ont voté pour Mohamed Morsi se trouvent aussi dans le cortège...

Au second tour de la présidentielle, beaucoup d'Egyptiens ont voté pour le Parti liberté et justice, de Morsi, car en face se trouvait un militaire [Ahmed Chafik]. Une partie des révolutionnaires voulait en finir avec le caractère militaire de l'Etat. Par ailleurs, Morsi avait promis d'ouvrir le gouvernement à certains révolutionnaires. Il ne l'a pas fait. Pour beaucoup, ce fut une première déception. Il faut quand même se souvenir qu'à l'époque, les Frères musulmans paraissaient les plus à même de faire consensus et de ramener l'ordre. Ils apparaissaient alors comme une force médiatrice.

Qui soutient encore Mohamed Morsi ? 

Les Frères musulmans, déjà, qui représentent 2 millions de personnes, avec les militants et leurs familles. Mais également d'autres organisations, comme Gamaa-Al-Islamiya, très puissante dans le sud du pays. Les salafistes d'Al-Nour, en revanche, demandent désormais des concessions importantes à Mohamed Morsi, même s'ils n'appellent pas à manifester. Ils exigent la formation d'un gouvernement d'union nationale, chargé d'organiser les prochaines élections législatives.

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