Egypte: le Sinaï, base arrière des salafistes

Dix soldats ont été tués et 35 autres blessés dans l'explosion d'une voiture piégée près de la ville d'el-Arich, le 20 novembre 2013 dans le nord du Sinaï. Il s’agit d’une des attaques les plus meurtrières dans la péninsule depuis que des insurgés liés à al-Qaïda ont pris les armes après la destitution du président islamiste Mohamed Morsi par l'armée le 3 juillet.

Membres des forces de sécurité opérant contre des militants islamistes dans le nord du Sinaï (8-8-2012).
Membres des forces de sécurité opérant contre des militants islamistes dans le nord du Sinaï (8-8-2012). (AFP - Stringer)
Les militaires tués se trouvaient à bord d'un convoi au moment de l'attaque. La responsabilité de cet attentat n'a pas été revendiquée.

Un groupe d'insurgés installés dans la région, Ansar Baït al Maqdis («Partisans de Jérusalem», en arabe), avait assassiné le 17 novembre au Caire un haut responsable des services de sécurité, selon un communiqué publié sur un site d'activistes islamistes.

Depuis le 3 juillet, quand l'armée a déposé le président Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans, les attaques de ce genre se sont multipliées dans tout le pays et plus particulièrement, dans le Sinaï. Elles ont fait des dizaines de morts parmi les policiers et les militaires.

En septembre, les autorités égyptiennes avaient renforcé les mesures de sécurité après la revendication, par Ansar Baït al Maqdis, de la tentative d'assassinat, le 7 septembre, contre le ministre de l'Intérieur Mohamed Ibrahim. Le gouvernement avait alors ordonné un renforcement des contrôles sur les grands axes routiers et aux principaux carrefours du Sinaï. Autant de lieux où les militants islamistes sont de plus en plus actifs. L’objectif des autorités était également de contrôler les passages entre le Sinaï et le reste de l'Egypte, celles-ci craignant des attentats à la voiture piégée avec des véhicules volés aux forces de sécurité.

Montée en puissance des groupes radicaux
Située aux confins de l'Egypte, d'Israël et de la bande de Gaza, le Sinaï, région aride reliant l’Afrique à l’Asie, est peuplée d'une minorité palestinienne (qui possède des liens avec Gaza) et d'une majorité de Bédouins en conflit avec Le Caire, dont ils contestent l’autorité.
 
Ce désert montagneux abrite toutes sortes d’activités illicites et voit passer des groupes armés, trafiquants d'armes (provenant de Libye) et de stupéfiants.

Un soldat égyptien en train de monter la garde à la frontieère entre l\'Egypte et le sud de la bande de Gaza (16-7-2013).
Un soldat égyptien en train de monter la garde à la frontieère entre l'Egypte et le sud de la bande de Gaza (16-7-2013). (Reuters - Ibraheem Abu Mustafa)

Depuis la chute de Hosni Moubarak début 2011, le Sinaï montre une recrudescence d'activités des mouvements radicaux, salafistes en tête, ce qui inquiète particulièrement l'Etat hébreu. Ce territoire de quelque 60.000 km² est devenu leur base de lancement des attaques contre Israël. Bien que mal identifiés, ces groupes armés seraient composés notamment d’anciens délinquants ou de jeunes radicalisés ayant souffert de l’ostracisme du régime Moubarak envers la population locale.
 
Contrebande avec la bande de Gaza
La proximité avec la bande de Gaza en fait par ailleurs un endroit de prédilection pour les trafics – nourriture, essence, matériaux de construction…– à destination de l'enclave palestinienne. En effet, beaucoup de Gazaouis préfèrent passer par les réseaux de contrebande égyptiens, dont les produits sont meilleur marché. «80% des aliments sur le marché de Gaza proviennent d'Egypte. Ce qui vient d'Israël n'est vraiment pas suffisant», expliquait en 2012 le propriétaire d'un tunnel de contrebande. Une économie parallèle qui s’est beaucoup développée dans les années 2000 après la seconde intifada en Israël.
 
Mais la déstabilisation de la région, qui fut un enjeu dans la crise du Canal de Suez (1956) et dans les guerres des Six-Jours et du Kippour entre l’Egypte et Israël, n’est pas récente, comme l’explique Le Monde diplomatique.

Sécuriser la zone, un défi à relever
Pensant y ramener un peu de calme, Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans, avait bien annoncé vouloir casser le système discriminatoire mis en place par le régime Moubarak à l’encontre des Bédouins, dès son arrivée au pouvoir en juin 2011. Mais les discussions avec les groupes armés et les islamistes n'ont rien donné. Il leur proposait de rendre les armes en échange de leur implication dans la politique locale. Mais depuis, la question sécuritaire est restée sans réponse.

Dans Le Figaro, Ahmed Abdel Mowgoud, un spécialiste de la zone, sait à quel point il sera difficile de sécuriser ce territoire face à des «islamistes qui savent naviguer, à pied ou en voiture, entre les moindres recoins de cette région montagneuse, et dont l'équipement en armes, notamment en provenance de Libye, n'a cessé d'augmenter depuis la révolution.»

Selon lui, aujourd’hui,
 «il ne fait aucun doute que ces groupes cherchent à venger Morsi. Ils font tout pour affaiblir l'armée, déjà bien préoccupée par la sécurité du Caire, en multipliant les attaques dans le Sinaï, et en la forçant à déployer ses hommes en dehors de la capitale.»