Egypte : le chef des Frères musulmans condamné à mort avec près de 700 pro-Morsi

Le tribunal de la ville de Minya a annoncé cette lourde sentence juste avant de commuer en prison à vie la plupart des peines capitales prononcées en mars contre d'autres partisans.

Des femmes pleurent en apprenant le verdict, devant le tribunal de Minya, en Egypte, le 28 avril 2014.
Des femmes pleurent en apprenant le verdict, devant le tribunal de Minya, en Egypte, le 28 avril 2014. (AHMED ISMAIL / ANADOLU AGENCY / AFP)

Il s'agit du plus grand procès de masse de l'histoire récente, selon l'ONU. Le chef des Frères musulmans en Egypte, Mohamed Badie, a été condamné à mort, lundi 28 avril. Avec lui, quelque 683 partisans du président islamiste destitué Mohamed Morsi ont écopé de la peine capitale. Dans le même temps, le même tribunal, à Minya, dans le centre du pays, a commué en prison à vie 492 des 529 peines capitales prononcées en mars à l'encontre d'autres partisans de la confrérie. Que faut-il retenir de cette décision de justice ? 

Qui sont les accusés ? 

Ils sont un peu plus de 1 200. Selon l'accusation, ils ont participé à des manifestations violentes à Minya, le 14 août, le jour où quelque 700 manifestants pro-Morsi sont tombés sous les balles au Caire. Avant le verdict, plusieurs proches ont toutefois assuré que les condamnés n'avaient rien à voir avec les manifestations pro-Frères musulmans de Minya. 

Selon Khaled El Komy, coordinateur de l'équipe d'avocats qui défend les 529 condamnés à mort fin mars, 60% d'entre eux "ont des preuves démontrant qu'ils n'étaient pas présents lors de l'attaque du commissariat" pour laquelle ils ont écopé de la peine capitale.

Parmi les détenus figure Mohamed Badie, guide suprême des Frères musulmans, la confrérie vieille de 85 ans qui avait remporté toutes les élections depuis la chute du président Hosni Moubarak début 2011, avant d'être déclarée "terroriste" en décembre. Il encourt la peine de mort dans plusieurs autres procès et est incarcéré au Caire.

Risquent-ils vraiment la peine de mort ? 

Ces condamnations à mort en première instance n'ont aucune chance d'être confirmées en appel, selon les experts, tant la procédure judiciaire et les droits les plus élémentaires de la défense ont été bafoués par la justice. Le juge a d'ailleurs commué en peine de prison à vie 492 d'entre elles.

Conformément à la loi égyptienne, ces peines capitales doivent être soumises à l'avis du mufti, représentant de l'islam auprès de l'Etat. Mais cet avis n'est pas contraignant. Concernant les 683 condamnés à mort de lundi, le juge a fixé au 21 juin sa décision finale, après l'avis du mufti.

Sur les quelque 1 200 accusés, seuls environ 200 sont emprisonnés, les autres étant en fuite ou ayant été libérés sous caution.

Dans quel contexte intervient cette décision de justice ? 

Le fait que ces peines capitales aient pu être prononcées en première instance sans provoquer d'émoi dans le pays illustre le climat extrêmement délétère en Egypte. Une large majorité de la population, à l'unisson des médias quasi-unanimes, applaudit à la répression implacable et sanglante que mène contre les islamistes le gouvernement installé par l'armée après la destitution de Mohamed Morsi, le seul président jamais élu démocratiquement en Egypte.

Au total, plus de 1 400 manifestants pro-Morsi ont été tués par les policiers et les soldats en dix mois, et plus de 15 000 de ses partisans ont été emprisonnés, selon les organisations de défense des droits de l'homme.