Egypte: des annonces contradictoires autour de la politique gazière d’Al-Sissi

L’Egypte a annoncé le 29 septembre 2018 être parvenue à l’autosuffisance en gaz naturel liquéfié grâce au champ gazier de Zohr et que cela mettait fin à sa politique d’importation. Pourtant, deux jours auparavant, un consortium israélo-américain de développement du gaz offshore en Israël annonçait la signature d’un accord permettant d'exporter dès début 2019 du gaz naturel vers l'Egypte.

Le président égyptien Abdel Fattah al-Sisi (au centre) et le ministre du Pétrole Tarek al-Molla (à droite) examinant des maquettes d\'installations d\'extraction de gaz naturel lors de l\'inauguration du gisement de gaz Zohr, dans la ville de Port-Saïd, le 31 janvier 2018. 
Le président égyptien Abdel Fattah al-Sisi (au centre) et le ministre du Pétrole Tarek al-Molla (à droite) examinant des maquettes d'installations d'extraction de gaz naturel lors de l'inauguration du gisement de gaz Zohr, dans la ville de Port-Saïd, le 31 janvier 2018.  (Document/PRESIDENCE EGYPTIENNE/AFP)

C’est avec une satisfaction non dissimulée que le ministre égyptien du Pétrole en a fait l’annonce officielle. «L’Egypte a atteint l'autosuffisance en gaz liquéfié et a décidé d'arrêter de l'importer de l'étranger», a indiqué Tarek al-Molla dans un communiqué daté du 29 septembre 2018.
 
La production du gisement gazier de Zohr multipliée par six
Une déclaration faite à l’occasion de la dernière livraison de gaz naturel liquéfié (GNL) importée par l’Egypte, sans plus de précisions sur la quantité et l’origine de cette cargaison.
 
Initialement prévue pour la fin de l’année, l’autosuffisance du pays en consommation de gaz a été réalisée et annoncée plus tôt que prévu grâce au champ gazier de Zohr, dont la production a été multipliée par six depuis le mois de janvier 2018, selon le ministre.
 
Découvert en août 2015 par le géant pétrolier italien ENI, ce gisement est situé au large des côtes égyptiennes, à 190 kilomètres au nord de Port-Saïd, au nord-est du pays.
 
Baptisé Zohr (prospérité en arabe) en raison de ressources estimées à 850 milliards de mètres cubes, l’équivalent de 18 ans de consommation de gaz du pays, il serait, selon la compagnie italienne  «le plus important jamais trouvé en Méditerranée».
 
Il dépasserait la taille de Leviathan, le gisement mis à jour au large d’Israël en 2010 mais qui fait, lui, l’objet d’un litige entre l’Etat hébreu et le Liban.
 
Selon Energies-media, il est opéré par la compagnie ENI (qui détient une participation de 50%), en partenariat avec la compagnie russe Rosneft (30%), le britannique BP (10%) et la compagnie émiratie Mubadala Petroleum (10%).
 
La production de ce champ est passée d’environ 10 millions de mètres cubes par jour à plus de 56,6 millions et pourra s’élever à 76,4 millions de mètres cubes avant la fin de l’année 2019, a fait savoir le ministre égyptien.
 
Avec d’autres champs, la production totale de gaz du pays a atteint environ 170 millions de mètres cubes par jour, a encore précisé Tarek al-Molla.
 
Relance d'un gazoduc pour acheminer du gaz d'Israël en Egypte
Reste que cette annonce est intervenue deux jours après celle d’un consortium israélo-américain indiquant avoir signé un accord qui permettra d’exporter dès début 2019 du gaz naturel vers l’Egypte.
 
Le consortium dirigé par l'américain Noble Energy et son partenaire israélien Delek a acquis, avec la société Egyptian East Gas, 39% des parts d'un gazoduc désaffecté qui relie la ville israélienne d'Ashkelon au nord du Sinaï égyptien. Les trois partenaires ont déboursé 518 millions de dollars pour leurs parts dans ce gazoduc de la société East Mediterranean Gas.
 
En grande partie sous-marin, celui-ci permettra de transporter du gaz naturel des réservoirs offshore de Tamar et de Léviathan vers l'Egypte dès début 2019, a indiqué l'Israélien Delek dans un communiqué.
 
C'est la première fois que l'Egypte importera du gaz provenant de l'Etat hébreu, précise l'Agence France Presse. Israël avait importé par le passé du gaz égyptien via ce gazoduc. Mais les attaques régulières de djihadistes du Sinaï sur certains tronçons terrestres du gazoduc en 2011 et 2012, ainsi que la forte augmentation de la demande domestique égyptienne, y avaient mis un terme.
 
L'accord constituera une nouvelle étape du contrat signé en février par le consortium avec la société égyptienne privée Dolphinus, a encore commenté Delek. Ce contrat prévoyait la fourniture de 64 milliards de mètres cubes extraits des champs israéliens, pour un montant de 15 milliards de dollars.
 
L’annonce par Le Caire de l’autosuffisance et la fin des importations gazières met-elle fin également à cette perspective? Le communiqué du ministre du Pétrole ne fait en tout cas aucune mention de l’accord passé avec Israël. Ni sur le gazoduc ni sur les quantités de gaz qu’il est prévu d’acheminer.