Au moins 65 morts dans des affrontements au Caire

Les heurts entre partisans du président déchu Mohamed Morsi et les forces de l'ordre se poursuivent, le pouvoir affiche sa fermeté.

Des partisans du président islamiste déchu Mohamed Morsi affrontent leurs opposants dans une rue du Caire (Egypte), le 27 juillet 2013.
Des partisans du président islamiste déchu Mohamed Morsi affrontent leurs opposants dans une rue du Caire (Egypte), le 27 juillet 2013. (FAYEZ NURELDINE / AFP)

Au moins 65 personnes ont péri samedi 27 juillet au Caire, en Egypte, dans des heurts entre forces de l'ordre et partisans du président déchu Mohamed Morsi. Il s'agit des heurts les plus meurtriers depuis sa chute, le nouveau pouvoir annonçant sa volonté de mettre fin à la contestation des islamistes. La plus haute autorité musulmane d'Egypte, l'imam d'Al-Azhar cheikh Ahmed Al-Tayeb, a demandé une "enquête urgente" sur ces violences, et le vice-président du pouvoir de transition, le Prix Nobel de la Paix Mohamed ElBaradei, a"condamné le recours excessif à la force".

Arguant que Mohamed Morsi ne pouvait régler la grave crise politique secouant le pays depuis son élection en juin 2012, l'armée l'a déposé le 3 juillet et a nommé un président civil intérimaire pour conduire la transition avant la tenue de législatives, en principe début 2014, puis d'une présidentielle. Les Frères musulmans dénoncent un"coup d'Etat"et assurent vouloir défendre la"légitimité" du président élu.

Les deux camps se rejettent les responsabilités

Les deux camps se sont rejeté la responsabilité des violences, qui ont aussi fait 9 morts vendredi à Alexandrie (nord) et aggravé la division du pays où plus de 250 personnes au total ont perdu la vie en un mois de graves troubles politiques.

Le ministère de la Santé a indiqué dans la soirée du samedi que 65 personnes au moins été tuées et 269 été blessées dans les affrontements le matin. La police a fait état d'une cinquantaine de blessés dans ses rangs, certains par balles. Les affrontements ont eu lieu, quelques heures après des manifestations massives rivales vendredi des partisans de l'armée et des Frères musulmans, la formation de Mohamed Morsi.

Plusieurs versions des incidents

Des pro-Morsi partis de leur campement à la mosquée Rabaa al-Adawiya (nord-est du Caire) ont tenté de bloquer la circulation à un pont routier sur la voie de l'aéroport et se sont heurtés aux riverains d'un quartier voisin, selon le porte-parole du ministère de l'Intérieur. La police est intervenue pour s'interposer et n'a "utilisé que du gaz lacrymogène", a-t-il dit laissant entendre que les dizaines de morts avaient été tués par des habitants des environs.

Les pro-Morsi en revanche ont mis en cause des "policiers en uniforme agissant au côté d'hommes de main", tirant à balles réelles et de la chevrotine.

A Alexandrie, deuxième ville du pays, les affrontements meurtriers ont aussi opposé partisans et adversaires du président déchu.

Le ministre de l'Intérieur hausse le ton

Faisant redouter de nouveaux heurts sanglants, le ministre de l'Intérieur Mohamed Ibrahim a annoncé la dispersion "très prochaine" des deux campements au Caire où se sont installées des milliers de partisans de Mohamed Morsi depuis son renversement. Il a promis une intervention "dans le cadre de la loi" et "le moins de pertes possible", mais a appelé les protestaires à quitter les lieux d'eux-mêmes "pour éviter que le sang ne coule".

Pour le porte-parole de l'Intérieur, la réponse massive à l'appel du chef de l'armée, le général Abdel Fattah al-Sissi, à manifester vendredi pour lui donner "mandat d'en finir avec le terrorisme" démontre que le peuple "souhaite la stabilisation du pays sous la protection de l'armée et la police".

Mais les partisans de Mohamed Morsi voient dans ces violences le résultat direct du discours du général Sissi, maître d'œuvre du renversement du premier président d'Egypte élu démocratiquement. "De telles déclarations de Sissi incitent à la violence et à la haine et servent à couvrir les crimes haineux de l'armée et de la police", ont-ils accusé.

La communauté internationale condamne les violences

La Turquie a condamné les violences, appelant à un transfert du pouvoir à une "direction démocratique", tout comme la représentante diplomatique de l'Union européenne Catherine Ahston. Londres a "condamné" l'usage de la force contre les manifestants, et Paris a appelé "toutes les parties, et notamment l'armée, à la plus grande retenue". Berlin a demandé aux nouvelles autorités de "tout faire pour éviter d'autres dérapages".