Naufrage sur le lac Kivu, l’éternel danger du transport fluvial en Afrique

13 morts, 114 disparus : le bilan du dernier naufrage le 15 avril 2019 sur la rive congolaise du lac Kivu reste incertain. Il braque de nouveau les projecteurs sur le transport nautique dans la région des Grands lacs et en Afrique. Pirogues en piteux état et surchargées, non-respect des normes de sécurité, méconnaissance des règles de navigation, le constat est toujours sans appel.

Un ferry accoste au port de Bukavu, sur le lac Kivu en République démocratique du Congo, le 27 mars 2017.
Un ferry accoste au port de Bukavu, sur le lac Kivu en République démocratique du Congo, le 27 mars 2017. (GRIFF TAPPER / AFP)

Le président Félix Tshisekedi s’est rendu dans la ville de Mukwidja jeudi 18 avril. "Plus de 142 familles endeuillées, c’est pratiquement tout le territoire qui est ébranlé", a déclaré le président, annonçant une journée de deuil national. Il a annoncé l’ouverture d’une enquête afin de déterminer les causes du drame. Il a également remis un millier de gilets de sauvetage, que les voyageurs devront porter, première étape selon lui sur le chemin de la sécurité. Car une grande partie de la population ne sait pas nager.

"Pour le long terme, nous allons voir comment éviter ces drames à l’avenir", a déclaré Félix Tshisekedi. Vaste programme, qui ne se limite pas à la fourniture de quelques gilets. Dans le même temps, il a annoncé la construction de quatre nouveaux ports dans la région. L’idée est de mieux contrôler le respect de la réglementation en ne laissant "accoster ici que les grands bateaux, qui sont plus sécurisés".

C’est sans compter sur une corruption endémique. "Il suffit de donner 10 dollars pour qu’on vous laisse tranquille", explique Cikuru Belembe, vendeur de poissons à Mukwinja, au micro de la Deutche Welle. Il ajoute : "La plupart des embarcations ne peuvent même pas fournir de manifeste (liste des passagers)." Ce qui explique le bilan plus qu'incertain de ce nouveau drame.

Et dans cette région, le transport par bateaux est fondamental. Le réseau routier est quasi inexistant et souvent impraticable, notamment lors de la saison des pluies. Ainsi, le lac Kivu est la meilleure voie de communication entre Goma au nord et Bukavu au sud, deux importantes villes distantes de plus de cent kilomètres.

Aussi, embarquer coûte que coûte, y compris sur une pirogue délabrée ou surchargée (ou les deux) est souvent un impératif économique. "Face à la pauvreté et au chômage ambiants, les Congolais moyens se précipitent sur n'importe quel moyen de transport pour vivre. Les victimes se recrutent souvent au sein des milieux modestes, qui n'ont pas d'autres voies de survie", explique le journal Le Phare.

Pour les pays riverains, l'enjeu est de taille : faire respecter la réglementation et faciliter le développement d’un transport fluvial dense et moderne. La sécurité des voyageurs est à ce prix.