L'Afrique du Sud signe un accord d'exploration pétrolière au Soudan du Sud ravagé par la guerre civile

Alors que, côté politique, l'accord entre les belligérants sud-soudanais montre des fragilités, côté économique, il semble porter ses fruits. Conclu en septembre 2018 grâce à la médiation du Soudan, le texte fait du secteur pétrolier l'un des chapitres importants.

Une pluie torrentielle s\'abat sur les gisements de pétrole d\'Al-Nar, dans l\'Etat de Ruweng au Soudan du Sud, le 30 avril 2019.
Une pluie torrentielle s'abat sur les gisements de pétrole d'Al-Nar, dans l'Etat de Ruweng au Soudan du Sud, le 30 avril 2019. (JOK SOLOMUN / REUTERS)

L'Afrique du Sud a signé le 6 mai 2019, un contrat portant sur l'exploration et la production de pétrole au Soudan du Sud. Pretoria prévoit d'investir un milliard de dollars dans l'industrie pétrolière de ce pays, où les champs de pétrole ont été sérieusement endommagés par cinq ans de guerre civile.

Ce contrat verra la compagnie nationale sud-africaine Strategic Fuel Fund (SFF) explorer de concert avec son homologue sud-soudanaise Nile Petroleum Corporation (Nilepet) une zone de 31 000 km² appelée "bloc B2" dans l'Etat de Jonglei.

Le ministre sud-africain de l'Energie, Jeffrey Radebe, s'est félicité d'un "très bon accord" pour les deux pays, lors de la cérémonie à Juba accompagnant la signature. Pour la Chambre africaine de l'énergie, ce contrat avec l'Afrique du Sud doit être vu autant comme "un stimulant pour la paix" que comme "un stimulant pour la stabilité économique". La phase d'exploration, complétée par la formation d'ouvriers et d'ingénieurs, doit commencer immédiatement et durer six ans.

Un gros gâteau de pétrole très appétissant

Les réserves pétrolières du Soudan du Sud sont estimées à 3,5 milliards de barils, dont 30% seulement se trouvent dans des zones déjà explorées, a indiqué le ministre sud-soudanais du Pétrole, Ezekiel Lol Gatkuoth. Il s'agit des troisièmes plus larges quantités disponibles en Afrique sub-saharienne, selon son ministère.

Une richesse qui attire d'autres exploitants venus de loin comme les Malaisiens et les Chinois, qui aujourd'hui dominent le secteur pétrolier du pays, ou venus de plus près comme les Nigérians. Les Russes ont également signé des accords d'exploration.

A son plus haut, la production de pétrole au Soudan du Sud s'élevait à 350 000 barils par jour. Mais elle a chuté de près des deux-tiers avec le début de la guerre civile, en décembre 2013, dans le plus jeune Etat de la planète, depuis son indépendance en 2011. 90% de ses revenus proviennent de l'exploitation du pétrole.

Tributaire du Soudan voisin

L'accord de paix signé en septembre 2018, lequel a entraîné un forte diminution des combats même s'ils n'ont pas complètement cessé, a permis à la production de repartir à la hausse. 

De 155 000 barils par jour à la fin de l'année 2018, elle est passée à 175 000 à l'heure actuelle, a expliqué M. Gatkuoth, précisant que le gouvernement visait les 200 000 barils par jour à la fin 2019. 

A noter néanmoins que le Soudan du Sud, pays sans littoral, reste entièrement dépendant des infrastructures – raffineries et oléoducs  de son voisin du Nord pour l'exportation de son or noir. Mais après la destitution du président soudanais Omar el-Béchir par l'armée le 11 avril 2019, et le soulèvement populaire qui perdure, la situation pourrait se compliquer. Le pétrole qui traditionnellement transite par Port-Soudan moyennant une taxe, reste aujourd'hui stocké sur place en raison des mouvements sociaux.