Afrique du Sud : la descente aux enfers du secteur minier

La compagnie minière sud-africaine Sibanye-Stillwater a annoncé, le 25 septembre 2019, la suppression de près de 6000 emplois dans la mine de platine de Marikana (nord), théâtre du massacre en 2012 de 34 grévistes par la police.

Des enfants d\'un towship jouent au football près de la mine de platine de Marikana (nord) le 15 août 2013.
Des enfants d'un towship jouent au football près de la mine de platine de Marikana (nord) le 15 août 2013. (SIPHIWE SIBEKO / X90069)

"Environ 5270 emplois – 3904 salariés et 1366 contractuels – devraient être perdus en raison de la restructuration" de la mine de platine pour cause de "pertes financières", a annoncé Sibanye Water dans un communiqué. Quelque 26 500 personnes travaillent actuellement sur le site.

Cette compagnie sud-africaine, dont le slogan est "Notre travail améliore la vie" ("Our mining improves lives"), est le principal producteur d'or du pays. Elle a racheté en 2019 le troisième producteur de platine au monde, Lonmin, qui possédait les mines de Marikana. C'est aussi l'un des plus gros pourvoyeurs d'emplois dans les mines du pays. Dans un communiqué, la compagnie minière estime devoir supprimer des emplois (à Marikana) "en raisons de pertes financières persistantes (...)" alors que "certains puits ont atteint leur fin de vie". "La restructuration va permettre de rationaliser les frais généraux et de renforcer les mesures de synergie et de productivité nécessaires pour restaurer la rentabilité et permettre la poursuite de l'exploitation des autres puits."

Un secteur minier en déclin

Début 2019, Sibanye-Stillwater avait déjà annoncé la suppression de 6000 emplois dans ses mines d'or de Beatrix (nord-est) et Driefontein. En juin, il avait ramené ce nombre à 3450. De mai 2018 à avril 2019, une grève pour les salaires avait impliqué 14 000 de ses employés sur ces deux sites, soit la moitié des effectifs.

Le plan mis en œuvre à Marikana "montre que le principe du profit l'emporte sur l'emploi", a réagi l'Association sud-africaine des mineurs et des travailleurs du bâtiment (AMCU). "La triste réalité est que si les travailleurs parviennent à éviter la mort en travaillant dans ces mines", la loi "devient une autre arme pour assurer de super-profits aux patrons des mines", a-t-elle déploré dans un communiqué.

Victime des variations des cours des matières premières et de la hausse de ses coûts de production, le secteur minier sud-africain, jadis un des principaux contributeurs de richesses du pays, a entamé un lent déclin. A titre d'exemple, plus de 60% des sites d'extraction du platine sont déficitaires. Globalement, le secteur a perdu 20 000 emplois au premier trimestre 2019, selon le site sud-africain businesslive (en juin, le chômage dans le pays s'élevait à 27,6%). 

En 2018, les groupes Gold Fields (or) et Implats (platine) avaient, eux aussi, annoncé plusieurs milliers de suppressions d'emplois.

La mine de Marikana a été au cœur de l'actualité en août 2012 lors d'une grève de salariés. Le mouvement avait été très violemment réprimé par les forces de l'ordre qui avaient abattu 34 personnes. Cette fusillade, la pire depuis la fin du régime de l'apartheid en 1994, avait par la suite déclenché une violente vague d'arrêts de travail dans les mines du pays, faisant une soixantaine de morts.