Guinée-Bissau: situation incertaine après une tentative de coup d'Etat

Des militaires ont attaqué la résidence du Premier ministre, jeudi, à la veille du lancement de la campagne du second tour de la présidentielle. Ils ont envahi les rues et disent avoir voulu dénoncer "un accord militaire secret".

Dans les rues de Bissau, la capitale de Guinée-Bissau, le 19 mars 2012.
Dans les rues de Bissau, la capitale de Guinée-Bissau, le 19 mars 2012. (ISSOUF SANOGO / AFP)

Tirs de roquettes, soldats patrouillant dans les rues de la capitale et occupant la radio nationale, arrestations de responsables politiques. Depuis jeudi 12 avril, à la veille de l'ouverture de la campagne pour le second tour de la présidentielle, la Guinée-Bissau vit une énième tentative de coup d'Etat et la situation demeure incertaine. Les soldats quadrillent toujours la ville vendredi et surveillent notamment les bâtiments officiels.

Vendredi dans la matinée, l'armée bissau-guinéenne a affirmé avoir voulu dénoncer un "accord militaire secret" conclu selon elle par le pouvoir. "L'événement d'hier [jeudi] a pour raison le fait que nous avons découvert l'existence d'un accord militaire secret, signé à la fois par le Premier ministre Carlos Gomes Junior et le président intérimaire Raimundo Pereira, le gouvernement de Guinée-Bissau et celui d'Angola", indique un communiqué de l'état-major transmis à la radio nationale.

Roquettes sur la villa du Premier ministre

Jeudi, Carlos Gomes Junior, Premier ministre de ce petit pays, plaque tournante du trafic de cocaïne à destination de l'Europe, "se trouvait dans sa résidence où des militants de son parti étaient venus lui témoigner de leur fidélité, quand une première roquette RPG a percuté l'entrée principale de sa villa, a raconté un agent de la sécurité posté dans la résidence. Il y a eu une débandade et une riposte de nos collègues. [Carlos Gomes Junior] a tenté de sortir en profitant de la confusion. Ensuite je ne l'ai plus revu car j'ai moi aussi cherché à m'enfuir de là."

"Nous recherchons activement Carlos Gomes Junior. Quel que soit l'endroit où il peut se cacher, nous le débusquerons avant l'aube", a assuré à l'AFP un militaire, alors qu'aucun bilan sur d'éventuelles victimes n'était encore connu. L'un de ses proches a toutefois déclaré à l'AFP que "Gomes est dans un endroit très sûr et indemne" et que sa femme aussi est "sortie indemne" de l'attaque de leur domicile.

La Guinée-Bissau est un petit pays au sud du Sénégal.
La Guinée-Bissau est un petit pays au sud du Sénégal. (GOOGLE MAPS / FTVI)

Arrestations de hauts responsables

"Nous avons arrêté plusieurs responsables politiques", a par ailleurs indiqué un officier sous couvert d'anonymat. "Ils sont avec nous dans la forteresse d'Amura, siège de l'état-major", a-t-il dit, sans préciser l'identité des personnes interpellées. D'autres responsables sont "activement recherchés", a-t-il ajouté.

Le siège du Parti africain pour l'indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert (au pouvoir), dirigé par Carlos Gomes Junior, était occupé par au moins une vingtaine de soldats. Une dizaine d'autres, en armes, avaient pris le contrôle de la radio nationale en début de soirée.

Incertitudes sur le sort du chef de l'Etat 

Un cordon de sécurité a été installé par des militaires autour du palais présidentiel et des rues environnantes. Le sort du chef de l'Etat par intérim, Raimundo Pereira, n'était pas connu jeudi soir.

Aucune radio n'émettait plus, pas plus que la télévision nationale. Bissau a été plongée dans l'obscurité après une coupure générale de courant. Les tirs, essentiellement concentrés autour de la résidence du Premier ministre, ont duré environ une heure, et des sirènes d'ambulances se sont fait entendre à travers la ville. Le calme est ensuite revenu. Des militaires, par groupes de quatre ou cinq et armés de lance-roquettes RPG et de kalachnikovs, patrouillaient dans les principales artères.

Des violences sur fond de campagne présidentielle

A l'issue d'une réunion de ministres à Abidjan (Côte d'Ivoire) jeudi dans la nuit, la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) a condamné "formellement et rigoureusement" cette tentative de putsch et promis la "fermeté". Ces événements interviennent quelques semaines après un coup d'Etat militaire au Mali, lui aussi survenu juste avant une élection.

Lors de cette réunion, le chef de la diplomatie bissau-guinéen, Mamadou Djalo Pires, a estimé que la situation était "très grave". Interrogé sur les revendications des putschistes, il a expliqué : "Ils n'ont pas parlé jusque-là. Nous attendons ce qu'ils vont dire. Nous attendons aussi la réaction énergique de la communauté internationale, des Nations unies, de l'Union africaine (...)".

Francetv info
 

Un pays très instable

Des violences étaient redoutées depuis plusieurs jours à l'approche du second tour de l'élection présidentielle, dont la campagne est censée débuter vendredi pour s'achever le 27 avril. L'histoire de cette ex-colonie portugaise est jalonnée de putschs, tentatives de coups d'Etat et violences depuis son indépendance en 1974.

La présidentielle a été organisée à la suite du décès, en janvier à Paris, du président Malam Bacaï Sanha. Au premier tour, le 18 mars, Carlos Gomes Junior avait recueilli 48,97% des voix et l'ex-président Kumba Yala 23,26%. Mais ce dernier a dénoncé des "fraudes massives" et prévenu qu'il ne participerait pas au second tour. "Quiconque s'aventurera à battre campagne assumera la responsabilité de tout ce qui adviendra", avait menacé Kumba Yala, sans plus de précision.