L'activité domestique, principal facteur de la pollution de l'air en Afrique

Une enquête inquiétante révèle un continent très pollué.

Un bus dans la ville d\'Abidjan, le 6 septembre 2016.
Un bus dans la ville d'Abidjan, le 6 septembre 2016. (ISSOUF SANOGO / AFP)

Fin novembre 2019 s’est tenu à Paris un séminaire sur la qualité de l’air dans les villes d’Afrique de l’Ouest. Il rendait compte, notamment, d’une étude menée en 2016, le programme DACCIWA. Pas moins de 16 partenaires scientifiques ont uni leurs efforts afin de mieux comprendre les impacts de la pollution en Afrique de l’Ouest. Des moyens lourds ont été mis en œuvre, notamment trois avions de recherche, pour suivre la pollution de l’air. Les grandes villes côtières du golfe de Guinée, qui sont aussi souvent des ports importants, ont ainsi été étudiées.

Particules fines

Trois sites d’études au sol ont été installés au Ghana, Bénin, Nigeria. Ils ont mesuré en continu la formation des nuages et leur dissipation, traquant les particules fines contenues dans l’air. Le tout a été financé à hauteur de 8,75 millions d’euros par l’Union européenne.

Les études ont révélé une forte concentration de dioxyde d’azote et de dioxyde de soufre dans l’air de ces villes. Pour Abidjan, l’étude relève trois grandes causes de pollution. La circulation automobile est bien sûr au cœur du problème, mais ne constitue pas la première cause de pollution.

A la grande surprise des chercheurs, au premier rang, on trouve les feux domestiques, c’est-à-dire l’utilisation du bois ou du charbon de bois pour la cuisson. La gestion des déchets arrive en deuxième position, en particulier à cause des pratiques d’incinération non contrôlée et des décharges à ciel ouvert.

Quant à la circulation automobile, elle cumule plusieurs problèmes. La congestion du trafic, l’utilisation de vieux véhicules et d’essence soufrée.

Conséquences pour la santé

L’étude d’Abidjan a permis de montrer une corrélation significative entre les visites à l’hôpital de la population et les concentrations de particules fines. La fréquence est plus élevée pour les enfants, particulièrement présents sur les sites des décharges, tandis que pour les femmes, le risque se situe surtout en cuisine.

Selon une étude de l’OCDE citée par le journal Le Monde, entre 1990 et 2013, les décès prématurés causés par la pollution atmosphérique ont ainsi connu une hausse de 36% en Afrique.

Mine de rien, l’Afrique est ainsi un pollueur majeur. Car, à cet inquiétant tableau, il faut également ajouter la pollution industrielle. Des experts prédisent que d’ici à 2030, le continent pourrait représenter la moitié des émissions de pollution dans le monde. La démographie en forte hausse et la concentration urbaine ne faisant qu’accentuer le phénomène.